Le jeûne, inutile, voire néfaste ?

L’Institut national du cancer et les diététiciens nutritionnistes mettent en garde contre la restriction, voire la privation alimentaire très en vogue.

Selon les estimations, 4 000 à 5 000 personnes s’adonnent au jeûne chaque année, dans notre pays, pour des raisons autres que religieuses ou spirituelles. Si certains estiment cette restriction ou privation de nourriture comme une panacée, capable de combattre ou de prévenir mille maux, voire comme une source de jouvence, ce n’est pas le cas de l’Institut national du cancer (INCa) ni de l’Association française des diététiciens et nutritionnistes (AFDN). Le premier vient de publier en ligne une nouvelle « fiche » sur le sujet, destinée aussi bien aux professionnels de santé qu’au grand public. La seconde tire la sonnette d’alarme avec un communiqué intitulé « Détox : halte à l’intox ! »

Jeûner après une période d’excès, pourquoi pas… notent les spécialistes de l’alimentation. Les Anciens l’ont toujours fait. Mais ils mettent en garde contre les régimes détox qui « relèvent moins du bon sens que d’un marketing qui surfe sur le besoin de recettes ». D’ailleurs, les produits permettant l’élimination des toxines, le nettoyage, le repos du tube digestif, la régénération du foie et autres se multiplient dans les pharmacies et magasins bio. Mais « l’industrie du détox manque de surveillance et aucun de ces effets bénéfiques n’a été démontré dans une publication scientifique chez le sujet bien portant », précise l’AFDN, qui insiste aussi sur les risques des lavements du colon.

Quant au jeûne prolongé, il affaiblit l’organisme qui est obligé de puiser dans ses réserves pour trouver les ressources dont il a besoin : celles de glucose s’épuisent rapidement, puis le déstockage des lipides peut provoquer la libération de toxiques stockés dans le tissu adipeux et, enfin, l’attaque des réserves de protéines réduit la masse musculaire. Sans parler d’un risque de déficit du système immunitaire ainsi que de carences en vitamines et minéraux.

Aucune preuve
L’INCa ne dit pas autre chose : « La revue systématique et l’analyse des données scientifiques concernant le jeûne et les régimes restrictifs montrent qu’il n’y a pas de preuve d’un effet protecteur chez l’être humain en prévention, à l’égard du développement des cancers, ou d’un effet bénéfique pendant la maladie, qu’il s’agisse d’effet curatif ou d’une optimisation de l’effet des traitements des cancers. » La plupart des études ont été menées chez l’animal, à l’exception de 2 études épidémiologiques et 15 essais cliniques « pour lesquels des résultats en lien avec les cancers sont disponibles. La majorité des essais concernent moins de 20 patients et ne sont ni contrôlés, ni randomisés ». Néanmoins, un travail suggère un effet favorable de la restriction protéique, chez les individus de 45 à 65 ans, sur le risque de décès toute cause et de décès par cancer, mais un effet défavorable après 65 ans.

Pendant un cancer, « seules deux études cliniques, de faibles effectifs, apportent des résultats concernant les effets du jeûne intermittent sur la fatigue (amélioration chez les 10 patients de l’étude non contrôlée, non randomisée durant les cycles de chimiothérapie associés au jeûne) ou sur des marqueurs biologiques sanguins. L’effet sur la croissance tumorale n’a pas été étudié » peut-on lire. D’autres travaux sont cités, mais leurs résultats sont variables et pas scientifiquement établis. Les auteurs de cette fiche reconnaissent que le jeûne est un « fait social » que les médecins ne peuvent ignorer. Ils doivent en parler avec leurs patients qui le désirent. Quant aux malades, il leur est recommandé de ne pas se lancer seuls dans un régime qui risque d’aggraver leur état général.

Source: Le Point

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