États-Unis : un président noir, gay ou femme, mais surtout pas… athée

Une étude de Gallup montre que les Américains n’ont aucun souci à voter pour un candidat qui ne serait pas un mâle blanc. Mais l’athéisme reste un handicap.

C’est un démenti à tous ceux qui pensent que, depuis l’élection de Donald Trump, les États-Unis sont devenus une nation de racistes et de machistes. Selon une étude de l’institut Gallup, plus de neuf Américains sur dix n’ont aucun problème avec le fait de voter pour un candidat à la présidentielle qui serait noir, hispanique, juif ou qui serait une femme. C’est en 1937 que l’institut a commencé à demander aux Américains s’ils étaient prêts à élire un président n’entrant pas dans le moule du mâle blanc protestant. Et les chiffres sont depuis en constante progression, confirmant les thèses du psychologue cognitiviste Steven Pinker sur le fait que la tolérance ne cesse de croître. À la fin des années 1930, seulement 33 % des sondés étaient ainsi prêts à se faire représenter par une femme. C’est dans les années 1960 et 1970 qu’on assiste à une augmentation spectaculaire sur le sujet (de 54 % à 80 % en deux décennies). Aujourd’hui, 93 % des Américains se disent prêts à voter pour une femme pour la plus haute fonction si celle-ci est compétente.

Le chiffre est encore plus élevé en ce qui concerne l’identité ethnique. Alors qu’ils n’étaient que 38 % au début des années 1960, ils sont désormais 96 % à n’avoir aucun problème avec le fait d’opter pour un président noir. Chez les démocrates, le résultat culmine à 99 %, mais chez les républicains, il est aussi supérieur à 90 %.

En ce qui concerne l’orientation sexuelle, les chiffres sont inférieurs, mais l’évolution s’avère spectaculaire si on remonte simplement de trente ans. Dans les années 1980, moins de 30 % des sondés étaient prêts à favoriser un candidat gay ou lesbien. En 2020, ils sont 78 %.

On ne rigole pas avec Dieu
En revanche, il y a un sujet sur lequel les Américains ne plaisantent toujours pas : Dieu. Seulement 60 % d’entre eux seraient ainsi prêts, cette année, à voter pour un candidat athée. L’écart s’avère d’ailleurs abyssal selon le positionnement politique. Alors qu’ils sont 69 % chez les démocrates, 41 % des républicains seulement pourraient opter pour un candidat ne croyant pas en l’existence d’une entité divine. Ce résultat semble incompréhensible vu du pays de Voltaire. Mais là aussi, les chiffres sont en progression, alors que les athées et agnostiques représentent désormais un quart de la population des États-Unis. Après avoir fait du surplace dans les années 1980 et 1990, la part des Américains n’ayant pas de problème avec un président athée est en hausse depuis 2005, phénomène qui s’explique notamment par la croisade dans le monde anglo-saxon des « Nouveaux Athées », ces penseurs médiatiques (Richard Dawkins, Christopher Hitchens, Sam Harris…) qui, tel Michel Onfray en France, ont signé des brûlots contre les religions.

La confession la plus stigmatisante, si on souhaite occuper la Maison-Blanche, demeure la religion musulmane, avec seulement 66 % des Américains qui seraient prêts à élire un candidat musulman (contre 60 % en 2015). Mais le label le plus pénalisant ne concerne pas une identité ethnique, religieuse ou sexuelle, mais idéologique. 45 % des Américains se disent ainsi capables de voter pour un candidat… socialiste, un chiffre d’ailleurs en régression depuis 2015. Voilà qui confirme que Bernie Sanders, qui a démarré en trombe la course à l’investiture démocrate, serait un opposant rêvé pour Donald Trump. En 2016, le sénateur du Vermont, fils d’un Juif de Pologne, mais sans affiliation religieuse, avait cependant pris soin de préciser qu’il n’était pas athée. « Je ne serais pas dans la course à la présidentielle si je n’avais pas des sentiments religieux et spirituels très forts », déclarait-il alors que les médias le pressaient sur cette question. Au pays du « In God we trust », il ne fallait quand même pas cumuler tous les handicaps…

Source: Le Point

Pin It on Pinterest