Des solutions africaines à la crise du coronavirus

Bien que la pandémie soit mauvaise pour les affaires, certains entrepreneurs africains voient de nouvelles opportunités.

Le lavage fréquent et complet des mains avec du savon et de l’eau chaude est l’un des moyens les plus efficaces de prévenir la propagation des maladies infectieuses.

Mais selon Water Aid, quatre personnes sur dix dans le monde n’ont pas accès à des installations de base pour se laver les mains.

L’un des modes de propagation du coronavirus est la contamination des surfaces. Prendre l’habitude de se laver régulièrement les mains peut prévenir les infections, mais le virus peut quand même se propager car les gens ont tendance à toucher le robinet et d’autres choses autour d’eux.

Dans une ville comme Freetown au Sierra Leone, une population de 2 millions de personnes dispose d’une capacité d’approvisionnement en eau qui, idéalement, ne devrait pas être utilisée par plus de 800 000 personnes, selon la société de conseil en développement international IMC Worldwide.

L’eau est déjà rare en temps normal, et il est maintenant crucial de se laver les mains.

Pour résoudre ce problème, une entreprise a mis au point une unité portable de robinet qui est placée à l’extérieur des magasins, des banques et des bâtiments gouvernementaux.

Le Centre national de l’industrie et de l’industrialisation de Fomel (FINIC) est généralement spécialisé dans la fabrication d’équipements de traitement agricole et d’autres machines.

Mais aujourd’hui, l’entreprise, fondée par Melvin Foday Kamara, fabrique un robinet portable sans les mains mais avec des pédales permettant d’avoir accès à de l’eau et du savon à la demande.

Accès à l’eau potable

L’eau courante propre est également rare à Harare, la capitale du Zimbabwe, où les citoyens ont déclaré à la BBC qu’ils se lavent désormais les mains avec du liquide vaisselle, car ils n’ont pas les moyens d’acheter du désinfectant pour les mains.

« Dans la région où je vis, l’eau courante est très rare, nous devons donc avoir des seaux d’eau pour pouvoir nous laver les mains », explique Wadzanayi Musasa.

« Lorsque nous rentrons des magasins, nous enlevons nos gants, nous utilisons du liquide vaisselle pour nous laver les mains et quelqu’un tient une cruche d’eau [pour les rincer] », précise-t-elle.

L’entreprise de gestion des déchets et de distribution d’eau potable Clean City achemine désormais l’eau dans des camions-citernes autour des zones résidentielles et commerciales de Harare, afin que les citoyens puissent collecter des seaux d’eau supplémentaires pour garantir le respect des normes d’hygiène pendant le confinement.

L’entreprise a démarré en 2018, en réponse à deux épidémies de choléra qui ont frappé le Zimbabwe en 2008 et 2018. L’entreprise dit avoir réalisé qu’il fallait faire quelque chose pour empêcher la propagation des maladies infectieuses.

Par rapport aux habitants des pays riches, les habitants des pays en développement sont plus touchés par les déchets qui ne sont pas gérés correctement, ce qui met en danger la santé humaine et l’environnement.

Selon les données du Programme des Nations unies pour l’environnement, plus de 90 % des déchets dans les pays en développement sont jettés dans des décharges.

Chaque jour, Clean City propose également des services de fumigation et de décontamination dans tout Harare, qui peuvent être commandés à l’aide d’une application mobile.

« Nous sommes essentiellement guidés par deux principes : le numérique d’abord et les gens d’abord », explique Lovemore Nyatsine, directeur général de Clean City.

« Tout est sans contact. Nos équipes suivent des procédures très claires pour assurer la sécurité de nos clients et la leur », ajoute-t-il.

Masques imprimés en 3D

La communauté de l’impression 3D est un exemple d’industrie qui s’est renforcée à la suite de la pandémie : les entreprises technologiques, les universités et les passionnés d’impression 3D possédant leurs propres imprimantes réagissent à la pénurie d’équipements de protection individuelle (EPI) pour les travailleurs de la santé – et dans certains cas de fournitures médicales hospitalières plus complexes – en les fabriquant eux-mêmes.

Le Malawi a connu de graves pénuries d’EPI pendant la période de confinement instituée pour limiter la propagation du nouveau coronavirus.

Ces pénuries sont dues aux coûts d’acquisition de l’équipement, ainsi qu’aux perturbations causées par la pandémie dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

L’entreprise technologique iMoSyS, basée à Blantyre, est l’une de ces entreprises qui utilise désormais ses imprimantes 3D et son logiciel de conception assistée par ordinateur (CAO) pour concevoir des masques et des masques faciaux réutilisables pour les travailleurs de la santé.

L’entreprise se concentre généralement sur la fourniture de services informatiques et d’ingénierie pour permettre la surveillance à distance des processus industriels, des infrastructures et de la santé des patients.

L’entrepreneur Mayamiko Nkoloma, directeur général d’iMoSyS, déclare que son entreprise a reçu de nombreuses demandes provenant de tout le continent africain, mais aussi d’autres pays, dont le Royaume-Uni.

« Tout est possible. Nous avons commencé avec rien d’autre que des idées, et nous avons apporté nos idées aux industriels et les avons présentées pour résoudre des problèmes », dit-il à la BBC.

Malgré la myriade de défis présentés par la pandémie, sans parler de la récession qui se profile à l’horizon lorsque les mesures de confinement seront finalement levées, certaines entreprises estiment que les périodes difficiles sont celles où une croissance et un changement réels sont possibles.

« Le coronavirus est une mauvaise chose mais, il a donné l’occasion à de nombreux dirigeants d’entreprises et de gouvernements de repenser leur façon de faire », déclare M. Karama de Finic en Sierra Leone.

« Il est important que nous tirions parti de l’innovation… il est important que l’Afrique apprenne à innover, à monétiser [et] à ne pas tout importer », ajoute-t-il.

Source: BBC Afrique

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