Covid-19 au Chili: face à la pauvreté, une proposition de taxe sur les grandes fortunes

La pandémie de Covid-19 a plongé des millions de personnes dans la pauvreté à travers le monde. Les inégalités se sont creusées dans de nombreux pays. Et dans le même temps, les personnes les plus riches de la planète ont généralement augmenté leur fortune. Dans ce contexte, le Fonds monétaire international lui-même suggère d’imposer des taxes temporaires aux plus riches. C’est justement ce que cherchent à mettre en place au Chili des parlementaires de l’opposition de gauche.

Ces députés chiliens souhaitent imposer une taxe exceptionnelle sur le patrimoine des grandes fortunes du pays. Le texte a été présenté notamment par une députée communiste, qui s’est fait connaître pendant le mouvement étudiant de 2011 au Chili pour la gratuité de l’éducation.

Il s’agirait de taxer à hauteur de 2,5% le patrimoine des super riches, avec pour objectif d’utiliser ensuite cet argent pour financer le plan de relance post-pandémie et des aides sociales pour les personnes qui ont souffert de la crise sanitaire et économique.

Le texte est débattu en ce moment au Parlement, et les entreprises qui ont fait le plus de bénéfices l’an dernier devraient aussi voir leurs impôts passer exceptionnellement de 27 à 30% si le texte est adopté. Le gouvernement est contre ce projet mais des députés de la majorité ont tout de même soutenu l’idée au début des débats, qui se poursuivent cette semaine encore.

Un plan qui pourrait rapporter 6 milliards et demi de dollars à l’État
D’après les parlementaires à l’origine du texte, cet impôt exceptionnel sur le patrimoine pourrait rapporter plus de 6 milliards et demi de dollars à l’État, soit environ 2% du PIB du Chili.

Les grandes fortunes chiliennes seraient donc mises à contribution. Si l’on ne prend que le haut du classement, on trouve la famille Luksic, qui détient notamment des mines de cuivre ; ou encore Julio Ponce Lerou, l’ancien gendre du dictateur Augusto Pinochet qui a dirigé une entreprise d’exploitation de lithium. Il y aussi la famille Paulmann, qui a fait fortune dans la grande distribution, et encore le président lui-même, Sebastian Piñera, quatrième homme le plus riche du Chili. Il a fait fortune dans la banque notamment, et comme les autres, son patrimoine a augmenté pendant la pandémie.

Avec cette proposition de loi, si le président avait toute sa fortune au Chili, ce qui n’est pas entièrement le cas, il devrait s’acquitter de 73 millions de dollars d’impôt sur la fortune.

Un système des impôts qui fait débat
Cette proposition de loi suscite aussi un débat plus large sur le système des impôts dans le pays, car les taxes et les impôts ne réduisent pas les inégalités sociales entres les habitants. Autrement dit, après avoir payé leurs impôts, l’écart s’agrandit encore entre les plus riches et les plus pauvres.

Cette taxe sur les grandes fortunes, si elle est approuvée, ne permettrait pas forcément de récupérer autant d’argent que ce qu’annoncent les auteurs du texte, mais cela ravive le débat au Chili sur la manière dont il faudrait réformer la fiscalité dans le pays, pour réduire l’écart entre les différentes classes sociales.

Plusieurs organisations internationales appellent les autorités chiliennes à mener rapidement une réforme en ce sens.

Il faut rappeler qu’au Chili, 1% de la population détient plus d’un quart des richesses du pays. Et il y a moins de deux ans, des manifestations historiques ont eu lieu, précisément contre ces inégalités sociales.

Les Chiliens seront d’ailleurs appelés aux urnes dans moins de deux semaines pour élire une assemblée constituante, qui sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution.

Source: RFI

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