Crise migratoire en Biélorussie: peu d’Irakiens candidats au retour malgré les conditions extrêmes

Alors que des milliers de migrants sont bloqués en Biélorussie, pris en otage d’un bras de fer politique, le gouvernement irakien avait accepté la semaine dernière d’affréter un vol de rapatriement, vol qui décollera donc ce 18 novembre de l’aéroport de Minsk vers Bagdad. Dans ce vol, il y a peu de passagers, car les candidats au retour sont peu nombreux.

Le chiffre exact vient d’être confirmé par le ministère des Affaires étrangères : 430 Irakiens volontaires devraient faire partie de ce vol qui s’arrêtera d’abord à Erbil, dans le nord de l’Irak – cette région d’où est originaire une grande partie de ces migrants –, puis à Bagdad, en fin d’après-midi.

Que va-t-il advenir de ces personnes, une fois de retour ? Les autorités répondent que cela n’avait pas été planifié, ce qui pose évidemment question quand on sait que beaucoup ont vendu beaucoup d’effets personnels pour partir. Ces rapatriés sont peu nombreux quand on compare ce chiffre de 430 au millier d’Irakiens toujours bloqués à la frontière, dans des conditions extrêmes.

Et malgré ces conditions difficiles, les candidats au départ sont toujours aussi nombreux, en particulier dans le nord du pays, au Kurdistan irakien où, ces derniers jours, plusieurs personnes sur le départ venaient de recevoir leur visa pour la Biélorussie. Le trajet s’est quelque peu complexifié ces derniers temps, puisqu’il n’y a plus de vols directs pour Minsk dans le pays, depuis l’été. Et les pays de transit privilégiés, comme la Turquie, ont interdit leurs vols aux Irakiens ces derniers jours, mais les personnes tentent de trouver d’autres voies par le Qatar ou l’Égypte, par exemple.

Un jeune migrant kurde raconte
Rebin Sirwan est journaliste kurde irakien. Menacé dans sa région, il est parti comme beaucoup d’autres vers l’Europe. La route vers la Biélorussie semblait la plus sûre, mais la frontière polonaise s’est subitement fermée. Il s’est trouvé bloqué. « Tant que vous ne l’avez pas vécu, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c’est, raconte-t-il à Oriane Verdier, du service international de RFI. Il fait froid, il n’y a pas d’eau ni de nourriture, la police vous tape. Quand on allait voir la police biélorusse en leur disant qu’on voulait retourner en Biélorussie, ils nous frappaient et nous disaient que nous étions obligés d’aller en Pologne. Ils nous ont beaucoup frappés, ils nous ont volé nos affaires, notre argent. »

Au bout d’une semaine, un policier a accepté de faire sortir Rebin de la zone surveillée contre 200 euros. De retour à Minsk, il a pensé pouvoir demander l’asile politique en Biélorussie : « Je leur ai dit que j’étais journaliste et que ma vie était en danger dans mon pays ; au lieu de m’aider ils m’ont emmené de force à l’aéroport pour m’expulser. En moins de deux heures, sans même avoir enregistré ma demande, ils m’ont détenu à l’aéroport, puis placé dans un avion où ils m’ont frappé avec une matraque électrique. Franchement, tout m’est arrivé pendant ce voyage. »

Pourtant, Rebin se prépare déjà à repartir dans quelques jours. Il prendra une autre route, cette fois, mais est déterminé à arriver en Europe.

Analyse

Les Kurdes irakiens sont sur les routes depuis les années 1990 lorsque, sous Saddam Hussein, la région souffrait d’un double embargo, rappelle Adel Bakawan, directeur du Centre français de recherche sur l’Irak.

Source: RFI

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