Venezuela: grève générale de 48 heures contre la Constituante de Maduro

Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté mercredi 26 juillet au Venezuela, faisant deux morts, pendant la grève générale de 48 heures organisée par l’opposition contre l’élection dimanche d’une Assemblée constituante. Les deux victimes sont un jeune de 16 ans mortellement blessé à Caracas et un homme de 30 ans tué par balle dans l’Etat de Merida (ouest du Venezuela). Le bilan humain s’élevait déjà à 103 morts en un peu moins de quatre mois, sans compter des milliers d’arrestations et des milliers de blessés.

Les images visibles sur les réseaux sociaux montrent des rues, des avenues et des voies rapides pratiquement désertes, des commerces fermés et des barricades empêchant d’emprunter les grands axes. C’est notamment le cas à Caracas, où de nombreux quartiers se sont réveillés déserts mercredi à partir de 6 heures du matin : des quartiers résidentiels, bastions traditionnels de l’opposition comme au sud-est et à l’est de Caracas, mais aussi des quartiers beaucoup plus commerçants comme Altamira ou le centre de Chacao.

A Chacao, les bars, les restaurants, les petits commerces et même les supermarchés sont en effet restés fermés, rapporte notre correspondant à Caracas, Julien Gonzalez. Les commerçants et les résidents du quartier l’assurent : la situation sera identique ce jeudi.

« C’est notre manière de montrer au gouvernement la quantité de gens qui sont contre lui, tance Jenny Diaz, propriétaire d’un petit centre de photocopies. Et de montrer que sans nous, le gouvernement n’est presque rien ! Si je dois perdre de l’argent pour que ce gouvernement s’en aille, ce n’est pas grave ! Ce que je voudrais, c’est qu’ils retirent la Constituante, que des élections générales soient organisées maintenant et que Maduro se retire : je suis optimiste, j’ai la foi, je crois que c’est possible ! »

Une grève suivie à 92% sur tout le territoire selon l’opposition

L’enjeu pour l’opposition : augmenter la pression sur le président Nicolas Maduro à quelques jours de l’élection de la Constituante. Le pari semble réussi. Selon les chiffres de l’opposition, cette grève générale fait mieux que celle de la semaine dernière. Si « la grève de 24 heures jeudi dernier avait été suivie à 85% dans tout le pays », assure le vice-président de l’Assemblée nationale, ce nouveau mouvement est « un succès puisqu’il a été suivi à 92% sur tout le territoire ». Dans le détail, le député a notamment précisé que 86% des commerces sont restés fermés mercredi ou encore que 92% des transports ont cessé de fonctionner dans tout le pays.

L’opposition n’entend pas pour autant baisser le rythme : la fin de la grève générale est prévue à 6 heures vendredi matin et d’ici là, elle a encouragé les Vénézuéliens à « multiplier les blocages ce jeudi ou à rester chez soi pour rendre les rues encore plus désertes ».

En face, Nicolas Maduro a publié une vidéo mercredi. On le voit au volant de son véhicule pour montrer que tout est « normal » dans les rues de Caracas. Le président a surtout appelé les Vénézuéliens à se rassembler ce jeudi sur l’avenue Bolivar au centre de Caracas pour l’acte de clôture de la campagne de la Constituante.

Les deux visages de Caracas

Mercredi, la ville avait clairement deux visages. Si l’est de Caracas était effectivement en grève, au centre et surtout à l’ouest de la capitale, le contraste était saisissant. Les commerces étaient ouverts dans le quartier populaire de Catia par exemple, les Vénézuéliens les plus modestes étant très préoccupés par la crise économique et leurs conditions de vie.

Sur l’avenue Sucre, les commerces étaient ouverts comme le salon de coiffure où travaille Yolanda Uribe. Pour elle, pas question de faire grève. « C’est un jour normal, un jour comme les autres ! On ne peut pas se permettre le luxe de rester chez soi quand on a besoin d’argent pour acheter de quoi manger ! Je dois travailler pour mes enfants, pour mes petits-enfants, pour toute ma famille… La situation économique est très dure ! »

“Les rues sont totalement bloquées… Il n’y a plus aucun accès. Il y a des gens qui doivent aller travailler indépendamment du fait que l’on soit pour ou contre l’Assemblée constituante… Il faut aller travailler. Certaines entreprises ne veulent pas comprendre…”Témoignage d’une habitante de Caracas

Source: RFI

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