Un détecteur de mensonges pour contrôler les frontières de l’Union européenne

L’Union européenne expérimente un moyen de réguler le passage des migrants sur certaines de ses frontières à l’aide d’un détecteur de mensonges basé sur un programme d’intelligence artificielle. Le projet intitulé iBorderCtrl est actuellement en test sur quatre postes frontières en Hongrie, Grèce et Lettonie.

L’Union européenne expérimente un moyen de réguler le passage des migrants sur certaines de ses frontières à l’aide d’un détecteur de mensonges basé sur un programme d’intelligence artificielle. Financé depuis 2016 par l’UE à hauteur de 4,5 millions d’euros, le projet intitulé iBorderCtrl est en test pour six mois sur quatre postes frontières en Hongrie, Grèce et Lettonie.

Une expérimentation

Ce dispositif de reconnaissance faciale emploie une webcam et des programmes informatiques développés par l’université de Manchester au Royaume-Uni. Le système serait capable de discerner parmi 38 micromouvements imperceptibles à l’œil nu les déclarations mensongères des voyageurs en filmant leurs visages.

Il permettrait « d’accélérer le trafic aux frontières extérieures » de nombreux pays européens, estime dans une vidéo promotionnelle la cheffe du projet, Keeley Crockett, sur le site de l’université de Manchester : « Notre prochaine étape sera de mettre en place des expérimentations dans un certain nombre de pays, pour la police nationale hongroise, les gardes-frontière de Lettonie, de Thanos en Grèce ou de l’ile de Klima. Après la récupération de données supplémentaires, nous pourrons enfin perfectionner notre système grâce à tout ça ».

Mensonges, vérité et QR code

Le dispositif prend presque l’apparence d’un jeu vidéo. L’image d’un garde-frontière virtuel apparaît sur un écran d’ordinateur. Il demandera, par le truchement d’une enceinte, de répondre à une série de questions : « Que transportez-vous dans votre valise ? » ou encore « Si j’ouvre votre bagage, est-ce que j’aurais la confirmation que vous me dites la vérité ? » L’objectif est évidemment de provoquer des réactions émotionnelles chez les personnes interrogées pour déclencher les crispations microscopiques du visage. Un passe électronique, sous la forme d’un QR code, est remis à la fin de l’entretien. Si la machine analyse que les déclarations ne sont pas fiables, les gardes-frontière humains prendront alors le relais pour un complément d’information. Si le système iBorderCtrl n’a pas détecté de mensonges, bingo !, le sauf-conduit permettra de rejoindre la file des voyageurs qualifiés « à bas risques », sans plus de vérifications.

Un logiciel fiable ?

La Commission européenne précise que le système personnalisera les questions en fonction « du genre, de l’appartenance ethnique et de la langue » du voyageur. Et c’est bien là le souci ! Au-delà des problèmes éthiques que pose clairement l’emploi de ce type de technologie, des études scientifiques ont déjà démontré que des algorithmes de reconnaissance faciale mal programmés font preuve de préjugés notamment envers les femmes et les minorités dites visibles. Le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, l’Espagne et Chypre ont pourtant exprimé leur vif intérêt pour ce détecteur de mensonges qui affiche, au mieux, un taux de réussite de 76 % lors de tests qui ont été effectués en laboratoire.

Source: RFI

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