Turquie: une foule immense accueille la «marche pour la justice»

« Justice », c’était le mot d’ordre de cette marche impressionnante, dimanche 9 juillet, en Turquie : 450 km environ entre Ankara et Istanbul et 25 jours de marche par une foule de plus en plus nombreuse pour dénoncer l’autoritarisme du président turc, Recep Tayyip Erdogan. A l’origine de cette marche, il y a un homme, Kemal Kiliçdaroglu, le chef du Parti républicain du peuple (CHP). Il protestait initialement contre l’incarcération d’un élu de sa formation politique par le pouvoir. Une marche qui au fil du temps a pris l’allure d’une protestation plus générale. Dimanche soir, lui et les autres marcheurs ont achevé leur parcours, salués par un gigantesque rassemblement à Istanbul.

Il y avait beaucoup de manifestants dimanche soir, plusieurs centaines de milliers, pour accueillir les milliers de personnes qui ont pris la route avec Kemal Kiliçdaroglu d’Ankara à Istanbul, rapporte notre correspondant sur place, Alexandre Billette. Les médias évoquent même un million de personnes, les organisateurs, eux, parlent de trois millions de manifestants. Une évaluation peut-être un peu optimiste, mais peu importe, ce qui est certain, c’est que c’est une énorme participation dans le contexte actuel de la Turquie qui est toujours sous état d’urgence.

Les manifestants sont arrivés dès dimanche midi sur cette grande esplanade en bord de mer, près de la prison de Maltepe, un quartier d’Istanbul où est incarcéré Enis Berberoglu, un député CHP condamné à 25 ans de prison pour avoir fourni au journal d’opposition Cumhurriyet des informations confidentielles. Ils sont venus avec des affiches portant le mot « adalet », c’est à dire « justice ».

Le rassemblement était très sécurisé avec 15 000 policiers et militaires sur place. Malgré tout l’ambiance était plutôt bonne. Les manifestants ont commencé en fin de soirée à évacuer l’esplanade.

Quel avenir pour l’opposition ?

Kemal Kiliçdaroglu a remporté son pari. Rassembler autour de lui, durant 25 jours, une foule de plus en plus nombreuse, une marche qu’il a voulu non-partisane. Le leader du CHP veut croire que cet ultime rassemblement marque le début d’une nouvelle ère : « Une nouvelle étape a été franchie le 9 juillet. Un nouveau climat s’est installé le 9 juillet. Une nouvelle histoire est apparue le 9 juillet. Le 9 juillet, c’est une renaissance. »

Mais pour plusieurs participants à la manifestation, c’était, à défaut d’être trop peu, déjà trop tard. La grande question est de savoir maintenant comment celui qui veut effacer son image d’homme politique inconsistant parviendra à utiliser l’élan de sa grande marche pour faire avancer sa cause.

Dans la foule, Astuğ est venu avec sa femme, il ne croit pas vraiment que le « grand soir » est venu pour l’opposition. « Je ne m’attends pas à ce que cet événement change grand-chose. Mais peut-être que politiquement, le CHP aura une approche plus rigoureuse, plus ” adulte ” dans son opposition », dit-il.

Une opposition plus frontale, c’est ce que Kemal Kiliçdaroglu semble déterminé à faire. Reste à voir si le CHP parviendra à transformer l’essai dans les semaines à venir.

La réponse d’Erdogan

La manifestation de ce dimanche est la plus grande de l’opposition depuis le mouvement de contestation de 2013. Un succès qui s’explique par le ras-le-bol d’une certaine partie de la population face au régime autoritaire du président Erdogan. Selon le politologue turc Ahmed Insel, chroniqueur au quotidien Cumhuriyet et ancien professeur à l’université de Galatasaray, la réponse d’Erdogan ne va pas se faire attendre.

“Erdogan organisera une semaine de manifestations pour la commémoration du coup d’état raté du 15 juillet dernier. […] Il veut montrer qu’il a aussi derrière lui autant de monde. Nous sommes entrés dans une surenchère de manifestations et contre-manifestations. […] Il est possible aussi que la police […] commence à organiser des rafles pour intelligence avec des organisations terroristes pour des manifestants parfaitement pacifistes.”Analyse du politologue turc Ahmed Insel.

Source: RFI

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