Tribune culinaire et gastronomique : l’art du foufou !

L’art de savoir manier le foufou en Côte d’Ivoire doit sa palme aux peuples lagunaires qui en sont les garants. Le foufou est un écrasé méticuleux de bananes ou d’ignames dans lesquels des filets d’huile rouge vont venir leur donner une coloration orangée. Les peuples lagunaires sont les garants du foufou de bananes. Les autres peuples forestiers tels que les Didas par exemple, en consomment.
Pour en revenir à nos amis Akan, les Adjoukrou et les ébriés sont les maîtres dans l’art du foufou. Les femmes font cuire les bananes dans le jus de la sauce qui renferment de belles aubergines, du piment, des tomates, des oignons… Puis lorsque les bananes cuisent, elles s’installent avec leur mortier et le pilon pour travailler leur foufou. Les gestes sont placés et précis. On évite de les piler avec la force des biceps féminins du FOUTOU, mais on les écrase avec dextérité sans y mettre de la puissance musculaire. Tout réside donc dans une gestuelle qui demande de la grâce et de la féminité. Pendant qu’une des femmes écrase, une autre est chargée de verser l’huile rouge par filet. Un peu comme la mayonnaise maison.
On fait des boules, et un piment noir torréfié est concocté avec de l’huile. Un doigté profond est fait sur la base du foufou et le coulis de piment est versé dans cet orifice, puis il se répand de son liquide sirupeux à l’extérieur, par des larmes joyeuses qui embellissent et agrémentent la présentation.
Entre temps la sauce, avec tous les éléments terrestres et marins est prête. Elle a un goût sucré parce que les bananes auront trempées en elle. Ce goût de miel lactée que chaque cuisinière sait rendre à sa famille. En guest star chez le peuple Leboutou : des morceaux de requins ou DABLEKÉ. Un poisson fermenté avec une forte odeur d’urine dont le parfum peut vous déboucher les fosses nasales. Mais ciel! Qu’est-ce que c’est délicieux. Précision de taille en pays odjukru me dit ma tantie Coco Yobouet, ce sont les hommes qui sont choisis pour écraser la banane.
Attention, c’est un sacrilège de renverser de la sauce sur le foufou en pays Odjukru ( in’gboungue à tous mes lissidjow et lissidjim)
On veillera là-bas à bien servir sauce et foufou dans deux contenants différents. Les mettre en un est une aberration.
Voilà ma planète ! Il ne reste plus qu’à vous souhaiter un bon appétit !

Par Kipré Pacome Christian, Ecrivain Journaliste et Pédagogue

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