Sommet de l’UE: bataille polono-polonaise autour de la réélection de Tusk

Donald Tusk va-t-il rempiler pour un deuxième mandat à la présidence du Conseil de l’Europe ? L’avenir de l’ancien Premier ministre polonais va se jouer lors du sommet européen qui s’ouvre ce jeudi 9 mars à Bruxelles. Donald Tusk est soutenu par une large majorité, mais pas par son propre pays. La Pologne, gouvernée par les conservateurs nationalistes, a en effet proposé un autre candidat. Une situation cocasse qui ternit un peu plus l’image des autorités polonaises.

La Première ministre Beata Szydlo a transformé en politique officielle du gouvernement polonais la défiance envers Donald Tusk affichée par le président du parti Droit et justice, Jaroslaw Kaczynski, analyse notre bureau à Bruxelles. Celle-ci accuse en effet celui qui fut Premier ministre de la Pologne d’avoir trahi son devoir de neutralité politique et d’impartialité et d’avoir ouvertement soutenu le parti d’opposition qui tentait de bloquer l’adoption controversée du budget. C’est selon elle, une conduite inacceptable qui revient de la part de Donald Tusk à une tentative de renverser le gouvernement par « des méthodes extra-parlementaires ». Beata Szydlo a donc écrit une lettre officielle à ses vingt-sept partenaires européens pour leur demander de préférer à Donald Tusk un autre candidat polonais.

Depuis dix ans, libéraux et conservateurs polonais se disputent le pouvoir et Donald Tusk a toujours été le plus grand rival des frères jumeaux Kaczynski. La rivalité politique s’est transformée en haine personnelle après la mort du président Lech Kaczynski dans un crash aérien. Une tragédie dont son frère Jaroslaw fait porter la responsabilité à Donald Tusk. Aujourd’hui, il qualifie le président du Conseil européen de « candidat allemand » dont la réélection serait « un nouveau pas vers une crise bien plus grave en Europe », rapporte notre correspondant à Varsovie, Damien Simonart.

Un contre-candidat

Pour réduire les chances de Donald Tusk, le gouvernement polonais a donc désigné son propre candidat, Jacek Saryusz-Wolski, eurodéputé qui a quitté la fraction libérale EPP pour rejoindre les rangs conservateurs. Depuis, Varsovie fait un lobby intensif pour favoriser son candidat.

On peut cependant douter que cela empêche la reconduction de Donald Tusk à la tête du Conseil européen. Le gouvernement polonais ne peut guère compter que sur le soutien de la Hongrie, voire du Royaume-Uni, dont Varsovie espère l’appui en échange de son indulgence dans les négociations à venir pour le Brexit. Donald Tusk a apparemment satisfait la majorité des capitales, dont Berlin mais aussi Paris, et d’ailleurs François Hollande a laissé entendre que les gouvernements de gauche ne réclameraient finalement pas que cet homme de droite soit remplacé par l’un des leurs.

Même pas invité au sommet de Bruxelles

De plus, Jacek Saryusz-Wolski n’a jamais été président ou Premier ministre et n’a donc aucune chance d’être élu. Malte qui assure la présidence tournante de l’UE ne l’a même pas invité au sommet de Bruxelles.

En outre, les règles au sein du Conseil européen sont suffisamment floues pour qu’en cas de blocage d’un gouvernement, la décision se prenne à la majorité qualifiée, c’est-à-dire plus de 21 pays sur les 28. C’est donc pour la Pologne la chronique d’une défaite annoncée qui devrait paradoxalement se solder par la reconduction d’un Polonais.

Source: RFI

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