Sénatoriales en RDC : un scrutin décisif, émaillé par des accusations de corruption

L’enjeu des élections sénatoriales du 15 mars est de taille pour la plateforme de Tshisekedi et celle de Kabila, puisque le scrutin permettra de remplacer les actuels sénateurs élus depuis 2007. Face aux soupçons de corruption, le président a préféré jouer la carte de l’apaisement.

Les élections sénatoriales s’annoncent d’ores et déjà scrutées de toutes parts. Alors que le scrutin doit se tenir le 15 mars dans 24 des 26 provinces de la RDC, ce sont plutôt les nombreux soupçons de corruption qui ont retenu l’attention des Congolais. Ces dernières semaines, des personnalités de toutes les tendances politiques ont dénoncé un monnayage des voix par des élus provinciaux, qui exigeraient des sommes allant de 20 000 dollars à 50 000 dollars (de 18 000 euros à 44 000 euros) par député provincial.

Conséquence : une vingtaine de personnes ont depuis retiré leur candidature. Parmi elles, l’homme d’affaires Adam Bombole et Vidiye Tshimanga, le porte-parole de Félix Tshisekedi, qui ont chacun dénoncé une « corruption », ou encore Luzolo Bambi, le conseiller de l’ancien président Joseph Kabila en matière de lutte contre la corruption, et Evariste Mabi Mulumba, ancien Premier ministre.

Une décision motivée par « le scandaleux monnayage des voix des députés provinciaux », a expliqué ce dernier le 13 mars, en annonçant le retrait de sa candidature à la province du Kasaï central. « Il n’est pas acceptable qu’une chambre parlementaire prestigieuse comme le Sénat soit discréditée par un mode électoral perméable à la corruption de façon aussi notoire », a-t-il ajouté.

Face à la situation, le président Félix Tshisekedi s’est voulu rassurant. « Bien entendu, je condamne fermement cette pratique [la corruption, ndlr] et je vais très vite m’y attaquer. L’une des premières choses à faire est de réfléchir sur ce mode d’élection des sénateurs et des gouverneurs », indiquait fin février le président, tout en précisant que « ce n’est pas le fait d’accéder immédiatement au pouvoir qui va éradiquer le phénomène de corruption, ancré dans les habitudes depuis des décennies ».

Des accusations également rejetées par Gode Mpoy, nouvellement élu président de l’assemblée provinciale de Kinshasa, qui a dénoncé de son côté une « campagne (visant à) ternir l’image des assemblées provinciales et les députés provinciaux ».

Élections maintenues par le Ceni
La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a elle-même décidé le 9 mars de maintenir ces élections, rejetant la demande de report formulée par le procureur général de la République, Flory Kabange Numbi. Ce dernier souhaitait reporter les élections des sénateurs et des gouverneurs – respectivement prévues les 15 et 26 mars 2019 – afin de lui permettre d’obtenir des « éléments probants » sur les allégations de « corruption intense » visant les députés provinciaux et les candidats en lice.

D’autres acteurs politiques, comme l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur et Universitaire Steve Mbikayi, qui a aussi retiré sa candidature en dénonçant « le marchandage des voix », ont sollicité la suppression de la chambre haute du Parlement congolais.

Les sénateurs seront élus au suffrage indirect par 715 députés provinciaux élus à travers le pays et 65 cooptés. Pour cette législature, le nombre de sièges au Sénat est passé de 108 à 109, avec l’entrée de Joseph Kabila comme ancien chef de l’État élu, désormais sénateur à vie.

Bataille entre le Cach et le FCC
Au centre de cette bataille pour la gestion des institutions législatives : le Front commun pour le Congo (FCC), coalition dirigée par Joseph Kabila, et Cap pour le changement (Cach), regroupement dirigé par le nouveau chef de l’État Félix Tshisekedi.

Pour le FCC, l’objectif est de prendre le contrôle du Sénat – après avoir pris celui de l’Assemblée nationale – afin d’être à la tête de la réforme institutionnelle et s’assurer que rien ne soit décidé sans lui. Si la coalition de Kabila obtient le Sénat, elle pourra entre autres, grâce à l’article 166 de la Constitution, poursuivre le président de la République, notamment pour les infractions de « haute trahison », de « délits d’initié », d’« atteinte à l’honneur » ou encore de « corruption ».

Pour Cap pour le changement, remporter le Sénat lui permettrait de faire contrepoids face au FCC, majoritaire à l’Assemblée nationale.

Positionnement
Le positionnement des élus sera également scruté durant ces élections. Pour 108 sièges, la Ceni a enregistré plus de 800 candidatures. Le Premier ministre, des membres du gouvernement, des mandataires et ceux qui ont échoué aux législatives nationales et provinciales – principalement des membres de l’ancien pourvoir – sont tous à la recherche d’une immunité parlementaire, afin de passer les cinq prochaines années sous la direction de l’ancien opposant Félix Tshisekedi.

Source: Jeune Afrique

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