Psychose à Abidjan où des hommes armés sèment encore la terreur

Alors que des tirs ont encore été entendus cette nuit à plusieurs endroits de la principale ville du pays, l’incertitude plane toujours ce matin sur Abidjan. Plusieurs sources sécuritaires font état de la présence d’individus armés qui tentent de semer la terreur à bord de véhicules et les forces de sécurité continuent à patrouiller dans la ville. A quelques heures de l’ouverture des 8e Jeux de la Francophonie et au lendemain d’un léger, mais stratégique remaniement ministériel, la capitale économique du pays est plongée dans une totale psychose, alors que le climat politique est toujours tendu.

«Mais qu’est-ce qui se passe à Abidjan et en Côte d’Ivoire ?». C’est la question sur toutes les lèvres, ce jeudi matin, dans la capitale économique de la Cote d’Ivoire où des tirs ont encore retenti dans la nuit à plusieurs endroits de la capitale.

Selon le témoignage d’un policier présent au Centre de commandement des opérations (CCDO) qui était présent au moment des faits, «des individus armés jusqu’aux dents» ont attaqué la base de cette force mixte, chargée de sécuriser la capitale économique, avant de prendre en otage pendant plusieurs heures des éléments se trouvant sur place. «Tout l’armement a été emporté par les assaillants», a précisé la même source qui a témoigné sur les réseaux sociaux.

Ce matin encore alors que la situation semble revenir à la normale, l’entrée en scène d’hélicoptères de combats survolant la ville a amplifié la peur chez les habitants, même si la gendarmerie nationale a aussitôt tenu à rassurer la population en indiquant qu’il s’agit de patrouille et l’invitant par la même occasion à ne pas céder «à la panique».

L’identité des assaillants ainsi que le déroulement des douloureux évènements de la veille restent encore incertains en l’absence de toute communication officielle. Cependant, quelques heures après les coups de feu qui, des sources sécuritaires ont fait savoir que «des individus armés circulant à bord de deux taxis» tentent de semer la terreur dans la ville. Des éléments de la garde nationale ont pris position à plusieurs endroits stratégiques de la ville et continuent à patrouiller, ce qui pour la population, revient à dire que la menace est loin d’être écartée.

Au niveau du CCDO dont une des principales bases a été attaquée, on parle sous l’anonymat, de «bandits armés à bord de deux véhicules qui essaient de racketter la population à bord de deux véhicules». Ce qui pour l’instant ne convainc guerre, surtout au regard de la forte mobilisation de tous les corps de l’armée dans cette matinée de jeudi, alors que les délégations pour les Jeux de la Francophonie continuent à affluer vers la ville.

La gendarmerie nationale a en tout cas évoqué en milieu de matinée, une «tentative de déstabilisation de l’Etat».

«Les institutions républicaines resteront fortes face aux actions visant à déstabiliser la sécurité de l’Etat», a fait communiquer la gendarmerie nationale.
Un climat politique tendu
Après les évènements du weekend dernier, où une nouvelle tentative de mutinerie dans un camp militaire d’Abidjan, mais aussi à Korhogo s’est soldée par la mort de trois soldats dans cette dernière ville du pays, c’est la psychose à Abidjan. A quelques heures de l’ouverture des 8e Jeux de la Francophonie, la tension est montée d’un cran surtout que la veille, le président Alassane Ouattara a opéré un léger, mais stratégique remaniement ministériel particulièrement marqué par la nomination à la tête du ministère de la Défense de Hamed Bakayako, un proche parmi les proches du chef d’Etat ivoirien, dont il était depuis 2011 le ministre de l’Intérieur.

Comme il l’a confié lui-même, son principal défi sera de ramener l’ordre et la discipline dans l’armée à travers une profonde réforme entamée depuis quelques mois. Cependant, avec le climat politique qui règne depuis quelque temps dans le pays, beaucoup ont vu à travers cette nomination une manière pour le régime de reprendre la main au sein d’une armée encore sous l’influence de l’ancien chef rebelle et actuel président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro.

En déplacement depuis une dizaine de jours en Europe, Guillaume Soro est attendu ce soir à Abidjan où il devrait en principe prendre part à l’ouverture de la grande messe de la Jeunesse francophone. Mais ses partisans l’attendent de pied ferme pour savoir la conduite à ternir face à l’évolution des derniers événements qui -c’est le moins que l’on puisse dire- semblent l’acculer à tempérer ses «ambitions présidentialistes».

S’il continue à entretenir le mystère autour de ses réelles intentions politiques, en Côte d’Ivoire et au-delà, tout le monde s’accorde sur le fait que l’ancien chef rebelle -sans qui ADO aurait eu du mal, sinon n’aurait pu accéder au palais présidentiel- attend un retour d’ascenseur pour 2020. Ses partisans y croient en tout cas et ont récemment créé un embryon de mouvement politique de soutien, alors que la pression des cadres du RDR d’Alassane Ouattara ne cesse de prendre de l’ampleur et de se dévoiler au grand jour.

Depuis le début de l’année, la guerre de positionnement que se livrent plusieurs prétendants à la succession d’ADO en 2020 a fini par provoquer un profond malaise au sein de la majorité présidentielle.

La succession des mutineries ainsi que les menaces que font planer certains «mécontents» s’amplifient avec l’organisation des Jeux de la francophonie dans le pays. Afin de se faire entendre, «les démobilisés» notamment continuent à entretien un climat de psychose dans la ville, alors que l’opposition politique est toujours à l’affût, revigorée par le nouvel espoir suscité la veille par une Chambre spécialisée de la CPI qui a certes refusé d’accorder la liberté provisoire à l’ancien président Laurent Gbagbo, mais a demandé plus de précisions sur les raisons du maintien en détention de la figure emblématique des anti-ADO.

Une douloureuse épreuve pour le pays qui tente de surfer sur la dynamique de croissance de ces dernières années pour atteindre l’émergence à l’horizon 2020, mais surtout pour Alassane Ouattara et son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly qui, depuis le début de l’année, ne font que tenter de contenir une situation chaque jour un peu plus explosive.

Entre temps, les Ivoiriens essaient de prendre leur mal en patience et se défoulent sur les réseaux sociaux en attendant la suite des événements.

Par Aboubacar Yacouba Barma

Source: La Tribune

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