Pourquoi ce Français est devenu l’inventeur européen de l’année

Deux français figuraient parmi les 15 nominés pour se partager les 5 prix de l’Office européen des brevets, et c’est l’un d’entre eux, le chercheur au CNES Laurent Lestarquit, qui a remporté le plus prestigieux des titres.

Cocorico. L’inventeur de l’année désigné par l’Office européen des brevets parmi ceux de 38 pays est Français ! Laurent Lestarquit, chercheur au CNES, a donc reçu ce jeudi le prix « Recherche », la plus prestigieuse des 5 récompenses décernées par l’équivalent européen de l’INPI. Le reste du palmarès honore quelques uns des 15 finalistes dont les inventions ont apportés progrès sociaux et économiques à l’Europe. Focus sur trois inventeurs qui sont en train de changer le monde.

Laurent Lestarquit : Sa technologie a donné naissance à un « GPS » 300 fois plus précis

Il vient de remporter l’équivalent de la palme d’or de Cannes : le chercheur a été récompensé pour avoir mis au point avec son équipe du CNES deux technologies majeures pour Galileo, le système de navigation par satellite européen. La première lui offre une précision à 1 centimètre près, « quand le GPS américain en est à 3-4 mètres », affirme le chercheur. De quoi guider un tracteur autonome vers les carottes à biner au milieu d’hectares de champs, ou mesurer sur le très long terme le déplacement des plaques tectoniques. La deuxième technologie brevetée permet à Galileo de communiquer avec le GPS américain, pour pouvoir combiner les services des deux systèmes, très complémentaires.

Au-delà de l’aspect stratégique pour l’indépendance européenne que représente Galileo, le système qui sera opérationnel en 2020 deviendra aussi un business. Certains de ses services seront payants, comme une plus grande précision de la géolocalisation, la garantie de la justesse des résultats, ou autres services annexes que pourraient vouloir acheter des entreprises de robotique agricole, des constructeurs de voitures autonomes, des services de cartographie, etc.

Adnane Remmal: Il lutte contre la résistance des bactéries aux antibiotioques grâce… aux huiles essentielles

Pour la première fois cette année, un ressortissant du continent africain figurait dans la sélection du prix de l’inventeur de l’OEB. Le chercheur marocain Adnane Remmal a déjà révolutionné la manière de soigner le bétail: il a mis au point des compléments alimentaires à base d’huiles essentielles qui remplacent les antibiotiques. « Les éleveurs sont ravis, parce que cela marche mieux que les antibiotiques, tout en coûtant moins cher ».

L’innovation brevetée qui lui a valu le prix du public cette année, elle, va complètement changer la manière de traiter les humains. Adnane Remmal, qui a déjà obtenu le prix de l’Innovation pour l’Afrique, a réussi à enrichir des antibiotiques devenus inopérants avec des huiles essentielles qui les rendent efficaces à nouveau.

« En 1987, je finissais mon PhD à l’institut Pasteur à Paris. Je travaillais sur l’hypertension artérielle. Mes études finies, on a insisté lourdement pour que je reste, mais j’avais décidé de rentrer au Maroc. En arrivant, on me dit qu’ici, il n’y a pas besoin de chercheurs sur l’hypertension, que de la prévention suffirait. Les médecins attirent plutôt mon attention sur le fait qu’ils réalisent des prouesses chirurgicales au bloc, mais qu’ils perdent ensuite leurs patients à cause d’infections nausocomiales. Et que les bactéries en question résistent aux antibiotiques. J’ai donc décidé de me lancer dans le combat contre la résistance aux antibiotiques ».

« Les molécules des antibiotiques, c’est comme une clé qui ouvre une serrure. Mais si la bactérie mute, la serrure change, et la clé ne sert plus à rien. Les principes actifs des huiles essentiels, eux, sont comme un marteau qui casse la porte. Donc on associe les deux, pour obtenir une nouvelle molécule qui a un maximum d’effet avec un minimum de dose », explique Adnane Remmal. Ces traitements arriveront sur le marché au Maroc fin 2017-début 2018.

Sylviane Muller: Elle a trouvé un antidote à une maladie mortelle très peu connue et pourtant très répandue

À moins d’être fan de Docteur House, vous n’avez sans doute jamais entendu parler du Lupus. Cette maladie touche principalement les femmes, de 14 à 45 ans. Des très connues, comme Lady Gaga et Selena Gomez. Mais surtout 1 femme sur 2000 aux États-Unis (et même 1 sur 800 dans la population noire). Elle est aussi mortelle. Dans les années 50, elle ne laissait que 4-5 ans à vivre. « Aujourd’hui 80% des patients survivent, mais dans quel état? », souligne Sylviane Muller.

La chercheuse au CNRS a conçu le Lupuzor, le premier médicament qui stoppe la progression de cette maladie « auto-immune », une pathologie qui fait que « notre système immunitaire reconnaît ses propres organes comme étrangers, et produit des anticorps pour les combattre ». Jusqu’à présent, les traitements étaient des « immuno-suppresseurs ». Les patients étaient donc « soumis à ces traitements à haute-dose, pendant des années, avec comme conséquence un affaiblissement de leur défenses immunitaires, à attraper infection sur infection ». L’invention de Sylviane Muller, elle, « cible un seul mécanisme du système immunitaire qu’on a découvert être anormal, et qui joue aussi un rôle dans la maladie de Crohn et l’asthme ». Son médicament, contrairement aux traitements existants, n’a aucun effet secondaire.

Malgré le potentiel de son invention, elle n’a pas obtenu de prix. Mais pour la Française, le simple fait d’avoir été nominée lui donne le sentiment d’avoir « déjà gagné »: « des investisseurs me contactent pour financer mes essais cliniques sur d’autres maladies. Alors qu’au début de nos recherches sur le lupus, les ‘big pharmas’ ne voulaient pas investir à la hauteur de nos besoins. On a dû créer une start-up sous licence du CNRS, et son directeur a dû hypothéquer sa maison pour financer les recherches », raconte la Française. Aujourd’hui, ces grands labos ont très envie de racheter la start-up, et les analystes estiment que les profits sur le Lupuzor se compteront en milliards.

LES AUTRES PRIMÉS
> Catégorie « industrie »: Jan van den Bogaart et Olivier Hayden pour leur test sanguin informatisé pour détecter le paludisme

> Catégorie « non-membres de l’OEB »: James G. Fujimoto, Eric A. Swanson et Robert Huber pour leur technologie d’imagerie médicale nouvelle génération

> Catégorie « PME »: Günter Hufschmid pour sa super-éponge à base de cire qui nettoie les marée noire

Catégorie « œuvre d’une vie »: Rino Rappuoli pour ses vaccins contre des maladies mortelles fondés sur la génomique

Source: bfmbusiness

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