« On nous envoie en première ligne, sans matériel pour nous protéger »

Une infirmière de la Pitié-Salpêtrière a décidé de témoigner pour dénoncer les conditions de travail désastreuses du personnel, sans masques et parfois contaminé.

Micheline, appelons-la ainsi, a décidé de parler, même si ses cadres ont interdit tout contact avec les journalistes. Elle est infirmière dans un service de médecine interne qui accueillera ce vendredi plusieurs malades hospitalisés pour des symptômes graves dus au Covid-19. Sans formation ad hoc, sans masque et avec des collègues parfois dépistés positifs.

« Ce jeudi |19 mars], on nous a donné qu’un seul masque par personne pour toute la journée. Pareil pour les aides-soignants et les médecins. Alors qu’il en faudrait en changer toutes les trois à quatre heures pour être dans la norme. De plus, ce ne sont que des masques chirurgicaux, et pas des masques de protection FFP2 parce qu’il n’y en a pas. Ils coûtent trop cher ! D’après les cadres, la réserve où étaient entreposés les masques pour tout l’hôpital a été pillée cette semaine. Il n’y en aurait plus du tout. Nos cadres ne savent pas quand nous aurons des masques, peut-être demain, peut-être la semaine prochaine… Nous n’avons pas vraiment de date.

Demain, c’est nous qui risquons de nous retrouver dans nos lits !
Normalement, demain vendredi, on devrait travailler sans masque ! Ce sont les nouvelles directives de l’organisme et de l’établissement. Or, demain, nous accueillerons dans nos chambres restant libres des malades souffrant du Covid-19. Cela menace de nous mettre en danger. Demain, c’est nous qui risquons de nous retrouver dans les lits ! Et nos familles également qui sont derrière nous.

Il faut savoir aussi que nos patients habituels sont souvent immunodéprimés et que nous pourrions les contaminer. Et pour eux, ce serait bien plus grave que pour nous. Or, nos malades n’ont pas de masques, sauf s’ils en ont acheté eux-mêmes en pharmacie.

À notre étage, nous avons trois collègues infectés par le coronavirus. On le sait, car ils ont commencé par avoir de la fièvre, puis les symptômes habituels. Au début, le personnel soupçonné d’être infecté par le virus était envoyé au dépistage. Maintenant, on nous dit que le dépistage ne servirait à rien parce qu’on est tous amenés à être contaminés. Pour l’instant, le dépistage est maintenu seulement s’il y a des symptômes.

Tant que ces symptômes restent faibles, on continue de travailler. S’ils s’aggravent, on consulte notre médecin traitant, qui nous donne un arrêt de travail de 7 jours au minimum et de 9 jours au maximum. Quant à ceux qui sont positifs, mais n’ont pas de symptômes, ils continuent à travailler, c’est la directive de l’hôpital. Ils pourront donc contaminer leurs collègues et les patients.

On ne sait pas à quoi nous attendre
Avec l’arrivée des malades du Covid, les médecins nous ont avertis que la charge de travail sera nettement augmentée, même s’il s’agit des cas les moins graves ne nécessitant que de l’oxygène et des antibiotiques. Ce sera à nous de nous occuper d’eux. Nous bénéficierons du seul renfort du personnel de consultation, mais qui n’a plus travaillé en salle depuis des années. Nous n’avons reçu aucune formation de l’extérieur, pas même pour l’habillage ou le déshabillage. Nous n’avons eu aucun tutoriel. Nos cadres nous ont seulement imprimé des protocoles envoyés par les infectieux, et du coup, nous devrons les appliquer. On s’attend à être pris au dépourvu, car, au final, on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Même les médecins ne savent pas trop comment cela va se passer. Ce sera au jour le jour. À chaque fois qu’on pose des questions, on repousse les réponses au lendemain.

Nous sommes des soldats de la santé, nous savons que nous pouvons être appelés en première ligne, mais sans le matériel adéquat pour nous protéger. On a l’impression qu’ils nous mettent tous en danger sans se rendre compte des conséquences. »

Source: Le Point

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