Mariano Rajoy devant les juges: il ne savait rien des malversations de son parti

Le Premier ministre espagnol s’est présenté devant une cour de justice ce mercredi 26 juillet 2017 pour témoigner dans le cadre d’un procès qui concerne sa formation politique, le Parti populaire. Une première pour un chef de gouvernement depuis le retour de la démocratie dans le pays, en 1975. Un moment délicat pour Mariano Rajoy, qui n’est toutefois pas mis en cause dans cette affaire.

Il a pris place peu après 10 h heure locale sur l’estrade réservée aux magistrats, et a juré de dire « toute la vérité », alors que l’audition était retransmise en direct sur la télévision publique. Mariano Rajoy avait rejoint le tribunal en voiture, évitant ainsi les insultes de plusieurs dizaines de manifestants qui s’étaient massés devant le bâtiment en scandant « Rajoy à Soto del Real ! », du nom de la prison où sont écroués la plupart des politiciens condamnés pour corruption.

L’affaire du réseau Gürtel entache le Parti populaire du Premier ministre depuis des années. En 2009, la justice espagnole a commencé à démanteler un système de corruption impliquant plusieurs entrepreneurs et des membres de la formation politique de M. Rajoy, dont l’ancien trésorier Luis Bárcenas. « Je n’ai jamais eu connaissance d’un quelconque financement illégal de mon parti », s’est défendu le chef du gouvernement, entendu comme simple témoin.

Mariano Rajoy était à la tête du parti, mais pas de ses finances

Selon notre correspondant à Madrid, François Musseau, le chef du gouvernement espagnol est apparu peu à l’aise dans ce procès du réseau Gürtel, et même sur la défensive. Il a été mis en difficulté par les questions des magistrats quant à sa possible responsabilité dans ces histoires de malversations, à savoir des pots-de-vin versés à des élus et à des responsables du Parti populaire en échange de juteux contrats publics entre 1999 et 2005.

Assis sur une chaise, seul, Mariano Rajoy a basé sa défense autour d’un seul argument : entre 1999 et 2005, a t-il affirmé, « je ne jouais aucun rôle économique ». Le chef du gouvernement établit une barrière étanche entre son rôle « purement politique », ce sont ses mots, et son « ignorance totale » pour ce qui concernait les comptes du Parti populaire. Et de nier avoir eu connaissance d’une caisse noire ou des agissements de Luis Bárcenas.

Une affaire glissante pour le leader des conservateurs espagnols

Quant à ses relations avec ledit trésorier, M. Rajoy a réfuté toute connivence, malgré des messages enregistrés et des SMS. Seuls les juges pourront trancher, mais nul doute que ce passage aura été difficile pour le chef du gouvernement, confronté dès l’ouverture des débats à l’avocat de la partie civile, une association d’avocats proche des socialistes. Me Jose Mariano Benitez de Lugo s’est d’abord plaint du traitement de faveur réservé à M. Rajoy, avant de faire feu sur lui.

L’affaire dite du réseau Gürtel n’est que la première d’une longue série qui a accompagné le PP espagnol depuis presque 20 ans. Trente-sept personnes sont jugées depuis octobre 2016. Outre l’ancien trésorier Luis Bárcenas, considéré comme un ancien proche du Premier ministre, le second protagoniste majeur du procès s’appelle Francisco Correa. Il s’agit d’un entrepreneur. Le terrain est glissant pour M. Rajoy, car certaines enquêtes sont encore ouvertes.

Source: RFI

Pin It on Pinterest