Les Sud-Coréens massivement dans les urnes pour tourner la page Park Geun-hye

Les Sud-Coréens votent ce mardi 9 mai 2017 pour désigner leur nouveau président. Il s’agit d’un scrutin historique, six mois après le début de la « révolution des bougies », un immense mouvement de colère populaire qui a abouti à la destitution de Mme Park Geun-hye, accusée de corruption dans un vaste scandale politico-financier. Parmi les 15 candidats de cette élection à un tour, le démocrate Moon Jae-in est favori.

Les bureaux de vote ont ouvert dès 6 h heure locale ce mardi à travers toute la Corée du Sud, relate notre correspondant à Séoul, Frédéric Ojardias. La participation s’annonce très élevée, puisque 26 % des Sud-Coréens ont déjà voté par anticipation la semaine dernière. Un record qui laisse présager un taux d’abstention exceptionnellement bas. La participation pourrait monter autour de 90 %, selon certaines estimations. Un vent d’enthousiasme souffle sur cette élection.

Cet enthousiasme témoigne d’une profonde aspiration au changement, après six mois d’immenses manifestations pacifiques qui ont provoqué la destitution de Park Geun-hye, et sa mise en détention provisoire. Les Coréens veulent en finir avec la corruption, le népotisme, la collusion entre le gouvernement et les grandes entreprises. Autant de maux révélés par le scandale qui a emporté la précédente présidente du pays,

Le camp conservateur s’est divisé après le scandale qui a emporté sa championne. Son représentant le mieux placé est Hong Joon-pyo, un provocateur qui aime être comparé à Donald Trump. Mais il ne dépasse pas les 20 % d’intentions de vote dans les sondages. Il est au coude-à-coude avec le centriste Ahn Cheol-soo, le populaire créateur d’un logiciel d’antivirus qui a été critiqué pour ses positions jugées trop vagues.

Les enjeux du scrutin sont avant tout économiques et sociaux : la majorité de l’électorat se décide en fonction de questions telles que la protection sociale, les inégalités croissantes, la précarité des emplois, ou la réforme des conglomérats familiaux accusés de corruption. Mais globalement, le scandale et la révolution des bougies ont contribué à repolitiser une partie de la population. On observe notamment une prise de conscience politique de la jeunesse.

Les jeunes se sont beaucoup mobilisés pendant les manifestations, et votent traditionnellement en masse pour les candidats les plus progressistes. L’ultra-favori est d’ailleurs Moon Jae-in, du Parti démocrate. C’est un ancien avocat des droits de l’homme et un ancien militant pro-démocratie. Il a promis une réforme des conglomérats, une meilleure protection sociale et une durée maximale du travail réduite à 52 heures par semaine au lieu de 68.

Se différencier de l’ancienne présidente, c’est le crédo de Moon Jae-in. Le leader du principal parti d’opposition se pose comme l’homme du renouveau. A 64 ans, il fait pourtant partie du paysage politique national de longue date, contrairement à Anh Cheol-soo, 55 ans, du Parti du peuple. Ce dernier, docteur en physiologie, n’est entré en politique qu’en 2012, se présentant à la présidentielle d’alors avant de se retirer au profit de Moon Jae-in.

Depuis, les deux hommes ont pris leurs distances, notamment au sujet de la Corée du Nord. Moon Jae-in, fils de réfugiés nord-coréens, milite pour un rapprochement avec le régime de Kim Jong-un, une reprise des projets de coopération et la réunification de la péninsule coréenne. Considérant que la négociation est la seule porte de sortie à la crise nucléaire, il s’est dit prêt à rencontrer le numéro un nord-coréen. Son élection marquerait donc un tournant pour la diplomatie sur la péninsule coréenne.

Son adversaire centriste, pour sa part, est partisan d’une ligne plus dure. Il est favorable au THAAD, le système antimissile américain récemment déployé sur le territoire sud-coréen, et dont les radars sont tournés vers la Corée du Nord. Nous avons donc là deux visions très différentes de l’avenir du pays ; si le scrutin est primordial pour Séoul, il l’est ainsi pour Pyongyang également, mais aussi pour les alliés respectifs des deux frères ennemis, Washington et Pékin.

L’escalade verbale entre les Etats-Unis de Donald Trump et la Corée du Nord inquiète la population sud-coréenne. En raison des récentes tensions, les relations inter-coréennes et les relations avec l’Amérique ont donc pris une place plus importante que lors des derniers scrutins. Tous les candidats ont plaidé pour que la Corée du Sud reprenne l’initiative dans le grand jeu diplomatique sur la péninsule, après plusieurs mois de mise à l’écart.

MM. Moon Jae-in et Anh Cheol-soo s’accordent sur un point : ils veulent éviter que Donald Trump ne lance des frappes sur Pyongyang, frappes dont les Sud-Coréens craignent d’être les premières victimes collatérales. Le vainqueur devra donc redonner confiance dans la politique à des millions de Coréens déçus par les scandales, et ce dans un contexte de tensions régionales importantes.

PARK GEUN-HYE, LA DÉCHÉANCE D’UNE PRÉSIDENTE
En confirmant la destitution de Park Geun-hye le 10 mars dernier, la Cour constitutionnelle a mis fin à des mois de crise politique et ouvert la voie à l’élection anticipée de ce mardi. Le scandale avait éclaté en octobre dernier, faisant descendre dans les rues des centaines de milliers de personnes. Toute l’affaire tourne autour de la personne de Choi Soon-sil. Amie, confidente et conseillère occulte de la présidente, elle s’est ingérée dans les affaires de l’Etat, allant jusqu’à intervenir dans la nomination de hauts fonctionnaires. Et grâce à son intimité avec Park Geun-hye, elle s’est constitué une fortune colossale.

Les plus grands conglomérats sud-coréens sont éclaboussés par le scandale. Notamment Samsung ou encore Lotte, dont le président a été inculpé. Ces sociétés auraient versé environ 65 millions d’euros à des fondations contrôlées par Choi Soon-sil. L’ex-présidente Park Geun-hye est aujourd’hui sous les verrous. Privée de son immunité présidentielle, la fille de l’ancien dictateur, qui dirigea le pays entre 1961 et 1979, a été inculpée de 18 chefs d’accusation, dont ceux de corruption, d’abus de pouvoir et de divulgation de secrets d’Etat. Elle risque 10 ans de prison.

Source: RFI

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