Les problèmes d’accès aux traitements du VIH au Nigeria

Au Nigeria, des organisations locales s’organisent afin de repenser le financement de la prise en charge des malades du sida. Le pays, qui compte 3,5 millions de personnes séropositives, dépend pour l’essentiel de l’aide américaine. Rien que pour l’année 2017, les Etats-Unis ont financé à hauteur de 469 millions de dollars, un vaste programme d’aide aux personnes vivant avec le VIH, mais des incertitudes pèsent sur la suite des financements.

Depuis le mois de juin, toutes les personnes séropositives bénéficient de la gratuité aux antirétroviraux. Mais dans les faits, seul un tiers des personnes malades a effectivement accès à ces traitements.

D’abord, en raison d’un frein culturel : cela reste un sujet tabou. « Le problème majeur, c’est surtout la discrimination au niveau des centres de santé et au niveau de la famille, explique Bilali Camara, l’ancien représentant de l’ONU Sida au Nigeria. Le Nigeria est un pays assez religieux et les gens ont toujours cette attitude de condamner celui qui vient avec la maladie. Cette attitude est un frein pour l’accès aux traitements. »

Incertitude sur l’engagement financier

Le financement est l’autre obstacle majeur. car le Nigeria dépend de l’aide extérieure et principalement de financements américains. « Il y a une incertitude sur la volonté des partenaires étrangers de maintenir leur engagement à moyen terme », s’inquiète un travailleur dans le secteur de la santé.

Cette situation préoccupe aussi l’agence nationale de lutte contre le sida (Naca). Son directeur, Sani Aliyu, préconise d’impliquer chaque Etat dans le financement de la lutte contre le VIH. « Tout le système d’aide aux personnes séropositives repose sur l’argent des partenaires étrangers. Ce n’est pas viable. Nous demandons aux gouverneurs de chaque Etat de consacrer 1% de leurs allocations fédérales à l’accès aux soins pour les personnes séropositives. Cela nous permettra de toucher 60% des malades dans le besoin ».

Un fonds privé

Cette agence tente aussi d’encourager le secteur privé afin d’alimenter un fonds, qui permettra d’assurer la fourniture en médicaments de manière régulière. Car si les Etats-Unis sont le principal bailleur de fonds qui soutient la lutte contre la pandémie, les acteurs locaux multiplient les pistes pour permettre au pays de ne plus dépendre uniquement des aides américaines, d’autant que Donald Trump a menacé de réduire ce budget.

« Le secteur privé nigérian est en train d’être sensibilisé, explique Bilali Camara. Et avec les banques, les entreprises pétrolières, etc, ils sont en train de mettre en place un fonds privé avec lequel on achètera les médicaments. Et le gouvernement va faire faire en sorte que ça aille jusqu’aux centres de santé les plus périphériques pour que les gens aient accès à ces médicaments de façon régulière. Sur un modèle transparent. »

Source: RFI

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