Les étudiants de l’INSET

J’avais un rêve, c’était de rentrer à l’INSET. Cette prestigieuse grande école de mon pays qui accueillait des bacheliers d’une autre dimension disait-on. Était-ce vrai? Pour ce que je sais, les aînés qui y sont passés nous ont relayé des retours d’un système de rigueur dans lequel la discipline universitaire était le maître mot. Si tous avions eu notre baccalauréat, il convient de rappeler que l’accès à l’INSET était sous réserve d’un concours âpre qu’il fallait réussir. Une énième épreuve après l’euphorie du bac. À peine avions nous bu un soda et quelques friandises qu’il nous fallait tout un week-end plancher sur des sujets mnémotechniques épuisants. Là se faisait toute la différence avec nos compères qui choisissaient la fac. Eux avaient la latitude par exemple d’aller ou de ne pas aller en cours. Nous, à l’INSET, nous étions soumis au régime du lycée. Avec le système des présences. Ce n’était pas une foire à la saucisse et aux bananes. C’était un niveau de stricto rigidité absolue. D’ailleurs on n’y redoublait guère. Contrairement à l’Université.
J’ai eu mon concours. Mon père, instituteur et féru du travail, ma mère enseignante comme lui, étaient fiers. Ils m’ont promené telle une mascotte dans la famille pour célébrer l’événement. Mes oncles, qui disaient de moi que j’étais un génie, quand j’étais enfant, m’avait préparé des enveloppes contenant des billets de banque craquants. J’avais une tante qui n’était pas intellectuelle. Mais elle était riche de cheptels, de poulaillers et de vergers. Elle m’avait offert un bélier massif aux cornes qui étaient d’une érection atteinte de priapisme, un couple de volaille composé d’un coq à la crête des rois, d’un plumage bleuté, et une poule rousse qui caquetait comme une sauvage. Elle avait perçu qu’elle quittait son environnement habituel pour d’autres lieux et cela ne l’enchantait guère. Des kilos de vivriers étaient venus pour se joindre à cet ensemble. C’était une tante unique, qui savait manipuler le travail de la terre et nous l’avait inculqué.
Le jour de mon départ à Yamoussoukro, ma mère était triste. Elle pleurait. Mes soeurs également. Mes petits frères jouaient les héros. Ils allaient tous me manquer. Puis papa a sorti sa SIMCA d’un rouge bordeaux flamboyant. Avec un de ses amis qui était son fidèle compagnon au jeu de dame, la voiture a démarré en trombe. Faisait fuir toutes les poules de notre si vaste cour. Une nuée de poussière s’éleva dans les cieux. Je disais au-revoir à ma famille pour une nouvelle vie.
J’allais avoir une chambre sur le campus. J’allais avoir une bourse régulière. J’allais avoir des cours de natation. J’allais profiter des séances de cinéma sur ce campus.
Il était immense et s’étendait à perte de vue. Nous sommes allés à l’admission. On m’a remit mes clés. Papa était fébrile. Je marchais derrière lui. Quand nous sommes arrivés devant ma chambre, il m’a dit tiens tes clés, ouvre toi même. Et il a fait une belle photo. Mon ami Régis que j’ai connu sur ce campus allait être mon voisin. Il allait être d’ailleurs mon frère pour la vie. Quand je l’ai vu, j’ai su que c’était une tête. Il est aujourd’hui cadre aux États-Unis, chez CARGILL. Moi en sortant de l’INSET, j’étais cadre à l’EECI. Nos bac C étaient valeureux.
Et puis papa est parti. Non sans m’avoir remis une couche de ses conseils préférés sur le travail et la discipline. Sur le respect et l’obéissance. J’étais formaté, je savais qui j’étais et je savais d’où je venais. Je me suis étendu sur mon lit. Ce soir-là, j’allais dormir en pensant à Christiane, ma chérie du quartier, celle qui est aujourd’hui mon épouse.
À tous les « INSETOIS »
À mes frères de sang Franck-Olivier Daly
Et Régis Damiba
À Serge-Eric Aguie et Solange Aman Akoswa Johnson les enfants de ce campus.
À Yasmina Ouégnin qui y était une leader!

Par Kipré Pacome Christian, Ecrivain Journaliste et Pédagogue

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