La punition paternelle

Je m’appelle Hervé. Nous avions chahuté en classe. Une classe de 3 ème « infectée » d’élèves déjantés. Oui nous étions déjantés mais travailleurs il faut le dire. Si nous savions nos limites, nous étions prompts à aller jusque sur sa lisière pour voir ce que ça pouvait procurer comme excitation. Surtout ce que cette prétention et autres désobéissance d’être non-alignés pouvaient engendrer comme décision du corps professoral titillé.
Ce jour-là, un cours de musique qui était complètement ennuyeux. Un cours frigide avec lequel nous ne pouvions pas ressentir le plaisir du corps à corps. M’r N’dia Dominique, ce prof émérite que je salue avec révérence aujourd’hui était féru de sa matière. Il nous l’enseignait d’un point de vue scientifique et technique. Cela n’était pas fait pour nous plaire. Qu’avions nous à foutre de ces portées avec des lignes noircies à l’encre de Chine? De ces clés de sol et de fa majeur tordues entre la gauche et la droite. Il nous parlait de dièse, d’altération. Bon sang qu’est-ce que c’était ennuyeux. Puis comme si cela ne suffisait pas, il se permettait d’y introduire des termes italiens :
Il disait alto, bajo, allegre…
Nous étions bleus comme les grains d’omo. Les seules fois où il réussissait à captiver notre attention, c’était quand il nous apprenait des chansons. Là encore certains décrochaient parce que la chanson n’était pas de leur goût. Pour nous, il pouvait bous faire chanter du Michael Jackson, où bien même du Bilé Didier. C’était ça la musique pour nos pauvres esprits qui refusaient l’éveil artistique d’une façon scientifique.
Alors, nous avons décidé un jour de boycotter son cours en tapant des rangée par rangée. Comme en canon. Ce jour-là, il a crut devenir fou. Et quand il a pu prendre un d’entre nous, celui-ci lui avait répondu avec insolence :
-Ce n’est pas la seule école du monde.
Alors le professeur, piqué dans son amour propre a puni toute la classe. Nous avons été retenu un mercredi après-midi. Et nos parents ont été individuellement.
Quand j’ai vu le mien débarquer dans la cour, mes tripes se sont éclatés en mes chairs. Il m’a aperçu dans la cour. Il n’a même pas eu besoin de me parler pour que je le suive dans le bureau du directeur. Là-bas, la séance d’explication n’a pas duré cinq minutes. Le directeur et mon père semblaient être les meilleurs amis du monde. Entre leurs rigolades d’un autre temps, j’avais déjà reçu une volée qui m’avait « fologoté » la joue. Puis un autre coup majestueux au niveau du cou. Maintenant je marchais comme une girafe. La sonnerie de la fin de récréation venait de retentir. Le directeur d’habitude si doux avec moi,m’avait demandé de sortir de son bureau et de rejoindre ma classe immédiatement. Je suis parti anesthésié de tout mon corps. Avec des larmes interno-externe. Chacun de nous avait vécu la même scène. Désormais dans notre classe planait un air de remise en question. Les professeurs s’en félicitaient.
Et mon père fit irruption dans notre chambre à la maison. Il annonça à mes frères et soeurs qu’ils étaient exempts de tous les travaux ménagers du week-end.
« Aujourd’hui, reposez vous. Votre frère Hervé sera votre baragnini ». J’avais cru m’évanouir.
Il avait hurlé:
-Passe ici lascar!
Je me suis exécuté.
Alors, sous sa houlette, j’ai foberé les sanitaires de notre si grande villa. Les salles de bain. Quand il venait vérifier, il faisait semblant de trouver des imperfections. Alors je recommençais. Mes mains, mes pauvres petites mains étaient devenues insensibles. Puis je devais laver ses voitures. C’était une toute autre paire de manche. Mes frères et soeurs se cachaient derrière les portes pour se moquer de moi. Quand nous sommes passés à la révision de mes leçons, je me suis pris encore des volées. Me traitant de vaurien, d’idiot et de petit  » connard ».
J’étais blindé, il venait de me faire une formation qui me remettait dans les ordres et surtout pour l’éternité.
Au moment de prendre le repas, il demanda que je file dans la chambre. J’allais manger après tout le monde. Je m’effondrai sur mon lit. Me considérant comme un enfant haï de son père et de sa famille. Le pire, c’était l’indifférence de ma mère. Elle n’a pas bronché. Plus jamais, dans un mouvement de classe je n’ai osé participer.

Bon dimanche à tous!

Par Kipré Pacome Christian, Ecrivain Journaliste et Pédagogue

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