La Journée internationale de la femme devient fériée à Berlin

La capitale allemande a décidé de faire du 8 mars un jour symbolique, tout en soignant son image de ville progressiste. Un geste controversé.

À partir de cette année, le 8 mars, Journée internationale de la femme, sera un jour férié à Berlin. Les magasins, les écoles, les médecins… tout sera fermé. C’est le Sénat, la mairie de Berlin, gouvernée par une coalition de gauche rassemblant les sociaux-démocrates, le parti de gauche die Linke et les Verts, qui a créé la surprise en prenant cette décision du jour au lendemain. La mesure a été largement votée par le parlement de Berlin et entrera en vigueur dans moins d’un mois.

Berlin crée un précédent en Allemagne. C’est le seul Land qui s’engage à fêter les femmes de cette façon. Pendant ce temps, les Bavarois et les Rhénans iront travailler comme d’habitude. Dans ce pays fédéral, chaque Land fixe – sans consulter personne – le nombre de ses journées fériées. Or, Berlin est le Land qui compte le moins de jours chômés. 10 contre 13 en Bavière et 12 dans le Bade-Wurtemberg. Les Länder du sud, majoritairement catholiques, profitent des fêtes religieuses. Certains Länder avaient, l’an dernier, ajouté un jour de plus à leur catalogue de jours fériés. Ainsi, les Länder du nord ont décidé d’allouer un jour férié à la réforme qui fêtait l’an dernier son 500e anniversaire et en Thuringe on n’ira pas travailler pour la Journée internationale de l’enfance.

Les Allemandes votent depuis 1918
Berlin ne voulait pas rester en rade. Cette décision d’autant plus réjouissante pour les employés et les écoliers que le 8 mars tombe cette année sur un vendredi. Berlin, ville de gauche très à cheval sur sa tradition laïque, a donc décidé de fêter les femmes alors que l’Allemagne vient de célébrer en grande pompe le centenaire du droit de vote pour les femmes. Les Allemands l’obtinrent en 1918, alors que les Françaises durent attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale. Berlin perpétue ainsi une tradition beaucoup plus vivace en RDA qu’en RFA. À l’Est, pour le Frauentag, la Journée des femmes, les supérieurs hiérarchiques avaient l’habitude d’offrir des fleurs aux femmes dans les bureaux. On célébrait ensemble la force du sexe dit « faible ». À l’Ouest, on a dû attendre les années 1970 et les revendications des mouvements féministes pour voir cette journée renaître de ses cendres. C’est la célèbre militante allemande Clara Zetkin qui se battit pour la création de la Journée internationale des femmes décrétée en 1910.

Berlin veut envoyer un signal à toute l’Allemagne pour que des progrès soient faits sur la voie de l’égalité entre les sexes, en particulier en ce qui concerne la représentation politique. Cette initiative risque pourtant de chambouler toute l’organisation de la vie berlinoise le 8 mars. À l’hôpital de la Charité, le plus grand hôpital de Berlin, quelque 3 000 opérations devront être reportées. Même chose pour les rendez-vous chez l’oculiste, le dentiste, le coiffeur et même pour les mariages puisque les mairies n’ouvriront pas leurs portes ce jour-là. Les crèches, maternelles et écoles n’accueilleront pas les enfants. Selon la Chambre de commerce et d’industrie, cette décision va coûter 160 millions d’euros aux entreprises, dans une ville qui a déjà bien du mal à joindre les deux bouts. Les chrétiens-démocrates (CDU), les Libéraux (FDP) et les populistes d’extrême droite de l’AfD ont voté contre cette idée. Dans la foulée, les députés de Berlin ont aussi décidé que le 8 mai serait aussi exceptionnellement chômé cette année. Le 8 mai prochain, l’Allemagne célébrera le 75e anniversaire de sa libération du national-socialisme et la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Source: Le Point

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