Incendie d’une tour à Londres: la colère monte

Douze personnes ont trouvé la mort dans le gigantesque incendie qui a ravagé une tour d’habitation de 24 étages dans l’ouest de Londres, dans la nuit de mardi à mercredi, selon un nouveau bilan toujours provisoire. Plus de deux cents pompiers et une quarantaine de camions d’intervention ont été mobilisés pendant plusieurs heures pour combattre le sinistre, qui a détruit la Grenfell Tower, un immeuble du quartier de Kensington dans lequel vivaient autour de 600 personnes. La cause de l’incendie— n’a pas été déterminée. Mais la colère ne cesse de gronder

« Je suis sous le choc, mais pas surpris ». C’est ce que déclare David Collins, ancien président de l’association des résidents de la tour de logements sociaux ravagée par l’incendie. Pour lui, pas la peine de s’interroger : ce sont à la fois la gestion de l’immeuble et les autorités locales qui sont mises en cause.

Et l’ancien responsable de l’association des résidents de l’immeuble jusqu’en octobre dernier a des arguments. Le bâtiment de 120 appartements sur 24 étages date de 1974, et à plusieurs reprises les locataires ont tenté d’attirer l’attention des autorités locales. Il explique que « les inquiétudes portaient sur l’emplacement des unités de chauffage, sur les accès et la façon dont vous pouviez entrer et sortir. Il y avait aussi des questions sur les éclairages et j’ai entendu que certaines alarmes incendie n’ont pas fonctionné, ce qui ne m’étonne pas ».

Eddie Daffarn, un résident 55 ans, raconte lui, sur un blog, qu’une surcharge du réseau électrique avait déjà « failli nous brûler tous à mort » en 2013. Il évoquait à l’époque « un meurtre de masse » en gestation. Quant à l’entreprise mandatée par la municipalité de quartier pour la rénovation, la société Rydon, elle a affirmé avoir réalisé des travaux de près de 10 millions d’euros qui ont « passé tous les contrôles obligatoires en matière de normes incendie ».

[REPORTAGE]

Avec notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix

Aux abords de la tour calcinée, la colère s’est vite mêlée à l’émotion et dans les rues jonchées de débris entourant cet immeuble HLM, les riverains mettent en cause les négligences des autorités locales.

« On avait tous des inquiétudes. On ne ramènera pas les morts mais quelqu’un doit rendre des comptes. Pourquoi n’y avait-il pas de sorties de secours ? Et si le feu a pris si vite, c’est à cause des matériaux utilisés, si le revêtement extérieur avait été de meilleure qualité, ça n’aurait pas brûlé si vite ».

Construit dans les années 70, le bâtiment avait été amélioré l’an dernier, notamment sa façade, mais pas les mesures de sécurité. La municipalité conservatrice de Kensington and Chelsea, l’une des plus riches de la capitale, est accusée de faire peu de cas du sort des habitants de ces logements sociaux.

De son côté, le leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn pointe déjà du doigt les coupes budgétaires au sein des municipalités : « Il faudra qu’on sache si les mesures de prévention incendie étaient aux normes ou pas. Il faudra aussi qu’on nous dise combien de pompiers et de personnels d’urgence avaient été prépositionnés pour ce genre de crise. Les gens doivent pouvoir vivre en sécurité dans ces hautes tours d’habitation ».

Dans l’embarras, le gouvernement vient d’annoncer une série de vérifications dans tous les immeubles similaires.

Source: RFI

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