Grèves et mutineries : la rupture du pacte social qui met à mal l’économie

Les fondamentaux économiques de la Côte d’Ivoire, au regard de ses chiffres, reposent sur des bases solides, à en croire la communauté financière internationale. Cette reconnaissance des efforts économiques de la Côte d’Ivoire par ses partenaires financiers réjouit le Président Alassane Ouattara lorsque, dans son message de fin d’année, le soir du 31 décembre 2016, il s’adresse à ses compatriotes en jubilant que la Côte d’Ivoire est aujourd’hui classée parmi les économies à fort taux de croissance dans le monde grâce justement à son “taux de croissance estimé à environ 9%, par an, en moyenne, au cours de ces cinq dernières années.”

Prenant également conscience que cet embelli économique cache bien de défis importants, des ambitions qu’il décline d’ailleurs dans le PND 2016-2020 d’un coût global estimé à 30.000 milliards de f.cfa, le Président de la République engage du même coup la responsabilité collective et individuelle de l’ensemble des composantes de ce pays en leur signifiant que “notre devoir commun est de privilégier le dialogue, la concertation ; d’éviter les crispations susceptibles de mettre à mal l’image de notre pays, de fragiliser notre économie et de compromettre l’éducation et l’avenir de nos enfants.” Chacun est face à ses obligations.

Alors que le Chef de l’Etat salue “les réformes entreprises dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires” qui, selon lui, “commencent à porter leurs fruits par la confiance des investissements nationaux et internationaux, permettant ainsi à la Côte d’Ivoire de devenir l’une des économies les plus attractives en Afrique”, le front social, lui, s’est violemment agité juste quelques jours seulement après ce discours de confiance.

En effet, les tout-premières semaines de janvier 2017 ont été particulièrement douloureuses et tendues pour la Côte d’Ivoire. D’abord, les bruits de bottes d’une frange importante des Forces de défense et de sécurité se sont fait entendre un peu partout dans la plupart des principales villes du pays (Abidjan, Dimbokro, Bouaké, Yamoussoukro, Zambakro, Bouaflé, Daloa, Man, Korhogo, Odiéné, Bondoukou…) avec en prime l’entrée en scène des Forces spéciales (des militaires d’un corps d’élite de l’armée) basées à Adiaké. Ensuite, et parallèlement à cette mutinerie, il y a eu la grève des fonctionnaires qui a pratiquement créé un disfonctionnement de l’administration publique et paralysé l’école ivoirienne, handicapant ainsi le pays d’un capital humain bien formé et sain.

Les revendications des mutins, dont beaucoup sont des anciens rebelles, ont porté sur des aspects d’ordre matériel et pécuniaire. Globalement, elles tiennent à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Quant à la plateforme des organisations professionnelles du secteur public, regroupant 50 syndicats de la fonction publique, à l’origine de la grève, elle réclame entre autres le “paiement des arriérés des valorisations salariales d’un montant globale estimé à 243 milliards de f cfa…
Que s’est-il passé pour que le pacte social qui prône le dialogue et la négociation pour régler les différends entre les différentes composantes de la société et l’Etat soient rompus jusqu’à ce que les manifestants choisissent des procédés peu ordinaires pour des revendications corporatistes ? A qui a profité le dialogue de sourds ?

Toujours est-il que ces vives protestations et le durcissement des positions des différents protagonistes ne sont pas sans conséquence sur l’économie du pays à court, moyen et long termes si aucune solution durable n’est trouvée. D’abord, le climat des affaires et l’image que se construit le pays depuis 2011 prennent un coup, occasionnant ainsi le ralentissement des investissements nationaux et internationaux car, “l’argent n’aime pas de bruit”, ce qui tendrait à ruiner les espoirs de l’attente des objectifs du PND 2016-2020. Ensuite, on sait, par exemple, que le Président Alassane Ouattara se donne des ambitions pour faire de la Côte d’Ivoire une puissance économique à l’horizon 2020 de sorte à intégrer le club très restreint des pays dits “émergents” à l’instar des BRICS. C’est pourquoi il se donne aussi les moyens d’être une puissance militaire, en témoigne la mise en route depuis 2016 de l’ambitieuse loi de programmation militaire qui coure jusqu’en 2020. Elle prévoit notamment la modernisation et la refonte de l’effectif de l’armée, mais aussi, l’achat d’équipement dont le coût estimatif est évalué à environ 1,2 milliard d’euros, juste légèrement en-dessous de 1000 milliards de f cfa.

C’est donc dire que la puissance militaire doit être au service de la puissance économique. La France, les Etats-Unis d’Amérique, les BRICS peuvent servir de modèle. Si donc aujourd’hui les hommes en arme rament à contre courant de cette projection, il va s’en dire qu’en 2020 la Côte d’Ivoire risque d’être un géant au pied d’argile. C’est pour cette raison que, à notre avis, l’un des défis majeurs qui s’impose au Chef de l’Etat pour l’atteinte de ses ambitions, c’est de créer une armée véritablement unifiée, dotée d’une éducation civique vraie et d’une formation militaire véritable.

Alexis Noumé

Source: Côte d’Ivoire-Economie

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