Forum de Bamako : l’économie pour retenir les candidats migrants

La Fondation du Forum de Bamako vient de conclure un partenariat avec le Cercle des économistes. Objectif des deux structures : trouver des solutions économiques sur place pour encourager le maintien sur place des populations.

« Nous voulons donner aux Maliens l’envie de rester dans leur pays. » Et, pour atteindre son objectif, Abdoullah Coulibaly fait un nouveau pari : « mieux intégrer la composante économique » dans son programme de développement. Depuis la semaine dernière, le président du Forum de Bamako, qui s’ouvre ce 21 février pour sa 19e édition, peut désormais compter sur un soutien de poids : le Cercle des économistes. Le partenariat entre les deux cercles de réflexion a officiellement été concrétisé au siège de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) quelques jours avant le début du Forum de Bamako, dont les débats auront cette année pour thème « l’immigration ». Au-delà, il s’agit de « créer les conditions pour que les gens soient bien chez eux, a affirmé Abdoullah Coulibaly. Les spécialistes du Cercle des économistes vont, grâce à leur travail, nous aider à favoriser un climat de confiance pour les investisseurs. Et qui dit confiance dit création d’entreprises et, par extension, d’emplois ». La tâche est de taille, et pour cause : l’Organisation internationale des migrations (OIM) estime à près de 1,6 million le nombre de Maliens vivant à l’étranger.

Identifier les causes de l’immigration…
Pour mener à bien leur mission, les deux entités ont déjà formé un groupe de travail dédié, sous la direction d’Hippolyte d’Albis. D’emblée, l’économiste a prévenu : « Je ne vais pas à Bamako pour dire aux gens ce qu’ils doivent faire. J’y vais pour trouver des réponses. Mais la première chose que j’ai constatée, c’est qu’il y a un manque de dialogue évident sur le sujet de l’immigration des deux côtés de la Méditerranée. Ici, en France, on dit : Ils nous envoient tous leurs pauvres. Alors qu’au Mali on déplore : Ils nous prennent tous nos jeunes. Notre première tâche sera donc de rétablir les vérités sur ce sujet, de faire table rase des idées reçues. Et ensuite de proposer des solutions d’ordre économique pour endiguer les départs. »

Pour Abdoullah Coulibaly, cet exode a plusieurs explications. « La migration est avant tout, pour moi, un problème de développement, auquel s’ajoutent d’autres complications, a-t-il expliqué. Les problèmes de gouvernance, dont les conséquences se vérifient au quotidien, démotivent les gens. À cela s’ajoutent les difficultés liées au manque d’infrastructures. » Et d’ajouter : « Comment voulez-vous gagner votre vie si l’état des routes ne vous permet pas de faire prospérer votre activité de commerce  ? »

… pour apporter les solutions économiques adéquates
Un constat auquel s’ajoutent les difficultés d’accès aux financements. « Il n’est pas facile de trouver des investisseurs qui veulent bien miser sur votre affaire. Les analystes du Cercle des économistes savent où trouver de l’argent. Ils peuvent nous aider à trouver des solutions à ce problème », a soutenu le fondateur de l’Institut des hautes études en management de Bamako (IEHM). Une situation qui se vérifie la plupart du temps dans un domaine prometteur mais peu exploité au Mali : celui de l’agriculture.

« Ce secteur est celui qui, actuellement, a le plus gros potentiel économique du pays », a assuré l’ancien Premier ministre Moussa Mara, présent à Paris le jour du lancement. « C’est déjà celui qui emploie la majorité de nos jeunes. Et, à mon avis, c’est le secteur qui pourra donner au Mali la croissance la plus inclusive possible, car les retombées sont réelles pour la population », a-t-il poursuivi. Le potentiel a déjà été repéré par une majorité d’acteurs, dont le monde associatif. L’organisation Initiative agricole pour le Mali en France (Inagrim), une organisation basée à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, promeut ainsi et valorise les activités agricoles dans le pays. Comment ? En apportant, entre autres, un soutien logistique, moral et financier aux jeunes Maliens porteurs de projets dans le secteur agricole. « L’agriculture peut devenir un véritable levier de développement pour le Mali, affirme son président, Mamadou Komé. Car le potentiel est là. Aujourd’hui, la plupart des jeunes qui prennent la route de l’émigration sont issus de la région de Kaye, une zone qui, avant les années 1970 et 1980, dépendait de l’agriculture. Il suffit de redonner vie à cette région, d’y réinvestir pour que les jeunes prennent conscience qu’on peut vivre de la production agricole et en tirer profit. » Et surtout, continue-t-il, « pour que ces jeunes Maliens aient envie de rester sur place et ne risquent pas leur vie sur la route de l’exil ».

Source: Le Point

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