Festival d’Hyères: à la recherche de la mode de demain

Hyères, dans le sud de la France, a accueilli le week-end dernier le 32e Festival international de mode et de photographie. À chaque édition, ce rendez-vous incontournable pour les acteurs de ces deux disciplines met en avant les talents de demain, venus des quatre coins de la planète.

Une fois par an, le monde de la mode pose ses valises dans la petite ville d’Hyères. Pendant cinq jours une faune hétéroclite, mélangeant journalistes, universitaires, étudiants, chefs de produit et stylistes en quête d’inspiration, mais aussi dirigeants d’entreprise et chasseurs de têtes, envahit l’impressionnante Villa Noailles, chef-d’œuvre moderniste signé Robert Mallet-Stevens, afin de rencontrer la jeune génération de créateurs et mode et photographes. C’est d’ailleurs à Hyères qu’ont été découverts des noms comme Julien Dossena, directeur artistique chez Paco Rabanne, Felipe Oliveira Baptista, actuellement à la tête de Lacoste, ou encore Anthony Vaccarello, qui dirige le style à la maison Yves Saint Laurent.

« C’est devenu un événement international, qui m’impressionne, constate Jean-Pierre Blanc, fondateur du festival et directeur de la Villa Noailles, toujours surpris par les plus de 250 journalistes et environ 2 000 invités professionnels accrédités. « Les Asiatiques, les Américains et les Européens ont toujours été présents parmi les concurrents. Mais actuellement on a aussi des candidats dans les premiers dossiers pour le prix qui viennent d’Iran, d’Ukraine, de Lettonie, d’Estonie », dit-il.

Cette année, la compétition côté mode comptait dix finalistes venus de tous les horizons. De l’Allemande Gesine Försterling, qui a gagné une bourse de création de 15 000 euros octroyée par la maison Chloé, en passant par la Finlandaise Maria Korkeila, mention spéciale du jury Mode, qui a emporté une bourse de création de 10 000 euros offerte par la maison Schiaparelli, jusqu’à Danial Aitouganov et Lotte Van Dijk, des Pays-Bas, Hermione Flynn, de la Nouvelle-Zélande, Hyunwoo Kim, de la Corée du Sud, Fuhong Yang, de la Chine et les Françaises Marine Serre et Marianna Ladreyt. Chacun avec son style et ses influences, ils ont montré leurs créations devant un jury d’experts présidé par Bertrand Guyon, directeur artistique de la maison Schiaparelli.

Mélange de matières et formes innovantes chez les gagnantes

Mais la grande gagnante de cette édition a été la Suisse Vanessa Schindler. Elle a proposé une femme glamour, mais aussi beaucoup de recherches technologiques et mélanges de matières. « Le choix s’est imposé presque comme une évidence », explique Bertrand Guyon. Pour lui, la créatrice a réussi le tour de force de proposer une « alchimie inattendue », notamment avec l’emploi de l’uréthane, une résine chimique qui se fond dans les fibres du textile et se fige. Grâce à ces caractéristiques, la jeune styliste a pu se passer des coutures lors de l’assemblage de ses pièces.

Ce sens de l’expérimentation lui a valu le Prix du public et de la Ville d’Hyères et le Grand Prix du jury Première Vision. Au total, la créatrice emporte 55 000 euros en bourses de création et collaborations avec les maisons Chanel et Chloé, la marque Petit Bateau et le salon Première Vision, référence du textile, qui accompagne les finalistes dans la préparation de la compétition, mais également pendant leurs premières années de carrière.

Cette recherche d’innovation était aussi au cœur d’un Prix d’Accessoires, disputé pour la première fois cette année. La compétition sur ce segment phare – et très lucratif – de l’industrie de la mode a été emportée par une autre Suisse, la charismatique Marina Chedel. Elle s’est inspirée des montagnes où elle a grandi pour proposer une drôle de chaussure montée sur une imposante semelle en bois. Mais on aime aussi les bijoux de chaussure de la jeune créatrice française Noémie Nivelet, qui n’a pas gagné de prix, mais a attiré l’attention des professionnels.

La nouvelle génération de photographes

Pendant le festival, la villa qui appartenait au couple de mécènes Charles et Marie-Laure de Noailles ouvre ses portes à la mode, mais également à la photographie, avec un prix consacré à la discipline. Cette année, les dix finalistes viennent de l’Europe, des États-Unis, mais aussi de l’Afrique du Sud, avec le travail très personnel de Themba Mbuyisa, qui essaie « d’illustrer l’identité sud-africaine par le biais de l’histoire, des problèmes liés au genre, de la religion et de la culture », comme explique le photographe. On remarque aussi l’univers du duo allemand Cordula Heins et Caroline Speisser, avec une série qui explore les stratégies de répression subies par les réfugiés, représentées par de mises en scène absurdes qui font réfléchir à la situation des personnes déplacées actuellement dans le monde.

Le Grand Prix du Jury a été attribué à l’Irlandais Daragh Soden, tandis que le Prix American Vintage, ainsi que la Prix du Public et de la Ville d’Hyères ont été attribués à l’Américain Luis Alberto Rodriguez.

Moment de réflexion sur une industrie en pleine mutation

Le Festival d’Hyères est aussi un moment de réflexion sur l’évolution de la mode. Loin du cirque parisien qui caractérise ce milieu, les acteurs du secteur se posent pour discuter de l’avenir d’une industrie qui génère chaque année plus de 150 milliards d’euros en ventes en France, selon les chiffres de l’Institut français de la Mode. Bien plus que l’aérospatial et l’automobile.

Organisées par la Fédération française de la Couture, du Prêt-à-Porter des Couturiers et des Créateurs de Mode, les 17e Rencontres internationales de la Mode proposent une série de conférences qui ponctuent la programmation de l’événement. On peut assister à un débat très animé sur l’usage des nouvelles technologies, avec une pointure de la Silicon Valley face à un dirigeant d’une marque de haute couture, comprendre les enjeux de la « blockchain » ou encore réfléchir ensemble sur les nouvelles frontières créatives de l’Europe dans un contexte de crise migratoire, mais aussi de Brexit. Histoire de montrer que la mode est bien plus qu’une simple affaire d’image.

Source: RFI

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