En Côte d’Ivoire, l’appel par la CPI de l’acquittement de Laurent Gbagbo divise

Après la décision de la procureure de la CPI de faire appel de l’acquittement de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, les supporteurs de l’ex-chef de l’État ivoirien estiment qu’il est « otage de la communauté internationale ». Au sein du pouvoir, les réactions sont plus mesurées.

Simone Gbagbo n’a laissé éclater aucune émotion. En milieu d’après-midi, ce lundi 16 septembre, elle a appris, comme tout le monde, la décision de Fatou Bensouda, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), de faire appel du jugement de son époux et de Charles Blé Goudé, l’ex-ministre de la Jeunesse de celui-ci.

Comme de nombreuses personnalités du microcosme politique ivoirien, elle s’y attendait plus ou moins. Même si elle regrette que la procureure ait « fait malheureusement le choix de s’enfermer dans cette voie procédurale ». Une décision qui ouvre le champ à de longs mois d’attente devant la chambre d’appel de la CPI, et qui devrait renforcer le sentiment des supporteurs de l’ex-chef de l’État, qui estiment que celui-ci serait un « otage de la communauté internationale ».

« Démarche politique »
« Il s’agit davantage d’une démarche politique que juridique, visant à éloigner le président Laurent Gbagbo de son pays », martèle Assoa Adou, secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI, le parti de Laurent Gbagbo).

Toute la classe politique ivoirienne a en effet en tête la présidentielle d’octobre 2020. À treize mois de cette échéance cruciale, qui devrait théoriquement ouvrir la voie à la succession du président Alassane Ouattara, aucune formation significative ne s’est encore fermement engagée en faveur d’un candidat, autre que le chef historique de chacune.

On pourrait donc se diriger vers une confrontation directe ou indirecte entre les trois grandes personnalités de la scène politique ivoirienne, à savoir le chef de l’État sortant, son prédécesseur Laurent Gbagbo, ainsi que l’ancien président Henri Konan Bédié, leader du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Comme en 2010, le souvenir de la crise post-électorale, qui vaut à Gbagbo et Blé Goudé d’être jugés à la CPI pour « crimes de guerre », est présente dans tous les esprits.

Le FPI « confiant »
« En tout état de cause, nous sommes sereins et confiants pour la suite des événements, dans la mesure où l’innocence du président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé a été établie et reconnue en première instance. Il n’y a donc pas de raison que le droit ne soit pas dit par les juges de la chambre d’appel », tempère Assoa Adou.

Le mot « confiance » est désormais l’élément de langage principal au FPI, toutes tendances confondues. Issiaka Sangaré, secrétaire général de la tendance du FPI dirigée par Pascal Affi N’Guessan, souligne que la formation « reste cependant confiante qu’au terme de cette autre procédure, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé vont recouvrer la totalité de leurs droits et retrouver leurs concitoyens ».

Une procédure jugée longue par l’ex-ministre Jean-Louis Billon, ponte du PDCI et proche de Bédié. « C’est dommage. Ils ont déjà eu sept ans pour apporter des preuves, sans y parvenir. Cet appel ne fait que retarder ce qui va arriver, c’est-à-dire la libération de Laurent Gbagbo. Pour la paix et la réconciliation, il serait bon de le voir débarrassé de toute accusation », soutient Billon.

Gbagbo « serein »
« Cet appel de Bensouda compromet la participation de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé à la présidentielle de 2020, analyse l’universitaire Geoffroy-Julien Kouao. En sus, cette situation peut fragiliser la plateforme avec le PDCI car stratégiquement, la priorité pour le FPI est la libération définitive de Gbagbo, et non l’élection de 2020. »

En attendant, confie Me Emmanuel Altit, avocat principal de Gbagbo, ce dernier est « serein et confiant, comme il l’a toujours été. Il veut aller au bout de ce processus, afin que la vérité soit dite. Il a été déclaré innocent en première instance, et nous travaillons à ce qu’il le soit définitivement ». De son côté, l’équipe de la défense de Charles Blé Goudé, à en croire son avocat Me Claver N’Dri, a décidé ne pas communiquer pour l’instant.

Ni « euphorie » ni « faux espoirs »

Au sein du pouvoir, les réactions sont plutôt mesurées. Joël N’Guessan, membre du conseil politique du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), insiste sur le fait que « Fatou Bensouda n’a fait que faire son travail à travers cet appel. Il n’y a pas matière à euphorie, ni de la part des victimes, ni de la part des partisans de Laurent Gbagbo », insiste-t-il.

Qu’en pensent les victimes de la crise post-électorale, qui a causé la mort d’au moins 3 000 personnes entre octobre 2010 et avril 2011 ? Ali Ouattara, président de la Coalition ivoirienne pour la CPI, reste prudent : « Il ne faut pas donner de faux espoirs aux victimes, parce que notre souci à nous, ce sont celles-ci. Mais nous espérons que si Fatou Bensouda a décidé de faire appel, c’est qu’elle détient un dossier solide. Elle dispose maintenant d’un mois pour enrichir les éléments qui sont en sa possession », assure-t-il.

Source: Jeune Afrique

Please follow and like us:
error

Pin It on Pinterest