Elections législatives au Canada : Justin Trudeau joue son avenir politique

Le suspense est « absolument total », commentent les analystes, alors que se joue lundi un scrutin très serré. Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, vise un troisième mandat face au conservateur Erin O’Toole.

Un troisième mandat pour le libéral Justin Trudeau ou l’alternance avec le conservateur modéré Erin O’Toole ? Appelés aux urnes, les Canadiens décident, lundi 20 septembre, qui formera le prochain gouvernement lors d’élections législatives à l’issue très incertaine. Les électeurs de Terre-Neuve-et-Labrador, sur la côte atlantique, sont les premiers à voter, dès 8 h 30 (heure locale, 13 heures à Paris).

A l’opposé, comme le Canada s’étale sur six fuseaux horaires, les derniers électeurs à faire une croix sur un bulletin de vote sont en Colombie-Britannique, province de la côte pacifique, où les bureaux fermeront à 19 heures (4 heures à Paris, mardi). La campagne éclair de trente-six jours s’est terminée comme elle a commencé : par un discours du premier ministre sortant, qui a demandé à la population de lui renouveler sa confiance pour un nouveau mandat afin, notamment, de gérer la sortie de la pandémie.

« Difficile d’imaginer course plus serrée »
M. Trudeau a déclenché des élections anticipées à la mi-août pour tenter de regagner la majorité, perdue deux ans plus tôt. Il serait, d’après les sondages, en train de perdre son pari. L’usure du pouvoir se fait sentir, la « Trudeaumanie » de 2015 semble bien loin… Il plafonne autour de 31 % d’intentions de vote, au même niveau que son principal rival, le conservateur Erin O’Toole, inconnu du grand public il y a peu.

Comme en 2019, ce « suspense absolument total » fait dire aux analystes que « la majorité semble très compliquée à atteindre pour qui que ce soit ». « C’est difficile d’imaginer plus serrée comme course », explique à l’Agence France-Presse Félix Mathieu, professeur de science politique à l’université de Winnipeg.

Au dernier jour de campagne, dimanche, M. Trudeau a multiplié les déplacements. Il a appelé les électeurs au vote stratégique, expliquant que l’arrivée des conservateurs au pouvoir serait synonyme de retour en arrière pour le pays, notamment sur la question climatique. M. O’Toole, qui était dimanche dans la région du Grand Toronto, où il se présente, a promis aux Canadiens d’incarner le renouveau et a fait une campagne résolument au centre.

Vers un nouveau gouvernement minoritaire ?
Les quelque 27 millions de Canadiens de 18 ans et plus autorisés à voter éliront les 338 députés que compte la Chambre des communes. Si aucun des deux grands partis qui alternent au pouvoir depuis 1867 n’est en mesure d’obtenir une majorité de sièges, le vainqueur devra composer un gouvernement minoritaire. Dans ce cas, le premier ministre, libéral ou conservateur, devra collaborer avec les plus petits partis pour gouverner à Ottawa.

Comme le Nouveau Parti Démocratique (NPD, gauche) de Jagmeet Singh, crédité de près de 20 % des intentions de vote. Ou le Bloc québécois, formation indépendantiste dirigée par Yves-François Blanchet, qui a semblé reprendre des couleurs en fin de campagne après une polémique sur la place du Québec au sein de la Confédération canadienne. Dernier grand parti en lice, les Verts d’Annamie Paul ont peiné à faire passer leur message de l’urgence climatique, luttant eux-mêmes pour leur survie en raison de problèmes d’unité, d’image et financiers.

Le « scénario du copier-coller » avec cette élection est donc très plausible, selon des commentateurs. « La question, au départ, était de savoir si les libéraux méritent d’avoir un gouvernement majoritaire. Maintenant, la question est de savoir s’ils méritent de rester au pouvoir », résume Daniel Béland, professeur à l’université McGill. La patience sera peut-être de mise, car il est possible que le nom du vainqueur ne soit pas connu dès lundi soir. De nombreux Canadiens ont opté pour le vote par correspondance et cela pourrait être très serré dans certaines circonscriptions.

« Tout va dépendre du nombre de circonscriptions où la course est serrée », a affirmé Geneviève Tellier, professeure de science politique à l’université d’Ottawa, expliquant que, ces dernières semaines, les Canadiens ont remis en question « le leadership de Justin Trudeau ».

Source: Le Monde

Pin It on Pinterest