Des homosexuels maltraités au Maroc après la diffusion de photos en ligne

Les homosexuels sont harcelés et maltraités au Maroc après que des photos prises à partir d’applications de chat gay ont circulé en ligne.

Les photos se sont répandues après qu’une influenceuse des médias sociaux a dit à ses fans de faire de faux comptes sur les applications pour voir à quel point l’homosexualité est courante.

L’homosexualité est illégale dans ce pays musulman et conservateur d’Afrique du nord, qui est en quarantaine à cause du coronavirus.

Les restrictions signifient que beaucoup d’hommes ne peuvent pas quitter leur maison où leur famille les maltraite, selon les activistes.

Un étudiant,t revenu de France pendant le confinement, s’est suicidé après avoir été identifié comme homosexuel, selon les médias marocains.

Trois organisations LGBT qui soutiennent les homosexuels au Maroc ont déclaré à BBC News que les hommes sont harcelés et sont en danger dans le pays après la diffusion des photos.

Samir el Mouti dirige un groupe Facebook appelé « La communauté LGBT marocaine », qui donne des conseils et apporte son soutien aux personnes LGBT, dont beaucoup dissimulent leur sexualité.

Le nombre d’hommes qui signalent des abus et demandent de l’aide a augmenté depuis le début de la campagne en ligne, explique M. Mouti, qui a quitté le Maroc pour faire un doctorat au Royaume-Uni.

Un homme a contacté le groupe Facebook pour dire qu’il se sentait comme « un homme mort ».

« Je suis dans le pétrin. Tout le monde sait maintenant que je suis homosexuel, et mon voisin m’a harcelé sexuellement, alors j’ai décidé de fuir », a-t-il dit au groupe.

« Je n’ai nulle part où aller – surtout pendant le confinement. »

La traque a commencé lorsque Sofia Taloni, modèle et influenceur transsexuel, a utilisé un Instagram Live pour encourager les femmes du Maroc à créer de faux comptes sur des applications de chat gay.

Ce faisant, elle a dit qu’elles découvriraient combien d’hommes utilisent les plateformes, y compris potentiellement « leurs maris et frères ».

Elle a déclaré que son but était de dénoncer l’hypocrisie de la société marocaine en montrant aux gens combien d’hommes sont secrètement gays dans le pays.

Beaucoup d’hommes utilisent des applications comme Grindr pour se connecter en privé, car les organisations LGBT ou les lieux de rencontre sont illégaux au Maroc.

Aujourd’hui, les militants encouragent les hommes à fermer leurs comptes pour se protéger.

Cependant, des photos d’hommes ont rapidement commencé à circuler sur d’autres plateformes de médias sociaux, ce qui a entraîné des abus et du harcèlement à leur encontre.

Melle Taloni a elle-même reçu le soutien du groupe Facebook de la communauté LGBT marocaine au cours des derniers mois, selon le groupe.

La communauté LGBT au Maroc est régulièrement confrontée à la discrimination et à la violence, mais cette campagne coïncide avec le confinement et le mois sacré du Ramadan.

« C’est une épée à double tranchant. Vous pouvez être enfermé dans une famille homophobe, et avec le Ramadan, les gens sont très préoccupés par la moralité, et les choses peuvent s’envenimer », explique M. Mouti.

« Beaucoup de gens deviennent des chiens de garde pour les soi-disant méfaits et ils font des sorties, en appelant les gens à se repentir », explique M. Mouti.

Les ONG Nassawiyat et Kif Kif soutiennent également les hommes qui ont été dénoncés.

Si les hommes se sentent obligés de quitter leur maison à cause de l’intimidation, ils n’ont nulle part où aller parce que les hôtels sont fermés et qu’une autorisation spéciale est nécessaire pour voyager entre les villes, ont déclaré les organisations à BBC News.

Ceux qui n’ont pas réussi à quitter leur maison sont dans des « situations graves » avec leur famille, a expliqué Mme Nassawiyat.

Nassawiyat a dénoncé le direct Instagram Live de Mme Taloni aux plateformes Grindr et Facebook.

Facebook, qui possède Instagram, a suspendu le compte de Mme Taloni. La société a déclaré à Reuters qu’elle « prenait des mesures proactives pour trouver et supprimer d’autres contenus de ce type ».

Mais les victimes d’abus et de harcèlement ne peuvent s’attendre à aucun soutien de la part de la police ou du gouvernement, affirment les militants.

« La loi n’est pas de leur côté – cela rend la situation dangereuse car les gens ne peuvent pas signaler les crimes à la police et demander une protection », dit M. Mouti.

Human Rights Watch demande au gouvernement marocain de faire respecter le droit à la vie privée et de dépénaliser les relations entre personnes du même sexe.

« Les autorités marocaines devraient intervenir immédiatement pour protéger la vie privée des LGBT et abroger les lois anti-LGBT qui ne peuvent qu’alimenter ce comportement homophobe », a-t-il déclaré dans une déclaration lundi.

« Ce que nous avons vu n’est que la partie émergée de l’iceberg – beaucoup de gens souffrent en silence », déclare M. Mouti.

Source: BBC Afrique

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