Coronavirus : comment Lagos entend se barricader

La capitale économique du Nigeria va fermer les écoles et interdire les rassemblements. Des mesures difficiles à mettre en place dans cette mégalopole de 20 millions d’habitants.

« En tant que gouvernement responsable, nous devons prendre des mesures pour protéger nos résidents contre les menaces physiques et autres menaces potentielles. Après avoir consulté nos professionnels de la santé, nous fermons les écoles à partir de lundi [23 mars, NDLR] et limitons les rassemblements religieux. » La décision de Babajide Sanwo-Olu, gouverneur de l’État de Lagos, capitale économique du Nigeria et mégapole de 20 millions d’habitants est tombée ce jeudi 19 mars. L’homme dont la prise de parole était très attendue sait combien sa ville est un hub tentaculaire qui dessert toute l’Afrique de l’Ouest. Avec ses 190 millions d’habitants, le Nigeria est l’un des pays les plus vulnérables au monde avec un système de santé fragile et une densité de population extrêmement importante (près de 7 000 habitants au kilomètre carré). Pour l’instant, le pays a recensé moins de quinze cas de contaminés au nouveau coronavirus, mais on peut craindre une propagation fulgurante dans le pays.

« Nous limitons les rassemblements à 50 personnes et des distanciations sociales doivent être observées », a ajouté le gouverneur de la capitale économique. Des mesures qui s’annoncent extrêmement difficiles à mettre en place dans une ville où la grande majorité de la population dépend de l’économie informelle et où les rassemblements religieux, à l’église ou à la mosquée, attirent parfois des dizaines de milliers de personnes. La mégapole de Lagos a l’une des pressions démographiques les plus fortes au monde, et bien que les chiffres soient invérifiables, sa population aurait doublé en dix ans, passant de 10 à 20 millions d’habitants, selon World Population Review. « Vous avez tous eu le temps d’arrêter « l’importation du virus », mais vous avez choisi d’impressionner les pays infectés. Jusqu’à présent, les nouveaux arrivants sont autorisés à entrer dans notre pays et à se mettre en quarantaine. N’est-ce pas absurde que vous cherchiez désormais à les tracer quand vous auriez dû les arrêter ? » s’énerve un internaute. « Honte au gouvernement qui s’est dit prêt. Imaginez simplement leur niveau d’incompétence », lance une autre sur Twitter. Pour Dan Obiola, « nous n’avons pas de système qui coordonne efficacement. Idéalement, le Nigeria Center for Disease Control est censé décentraliser les responsabilités au moins au niveau régional. Combien d’individus ont-ils derrière la hotline pour répondre à une population de 200 millions d’habitants ? » s’interroge-t-il. Le Nigeria a enregistré son premier cas de Covid-19 le 28 février. Il s’agissait du premier cas en Afrique subsaharienne. Une personne qui avait été en contact avec ce patient a été testée positive au coronavirus quelques jours plus tard. La diffusion de l’épidémie a semblé marquer une pause avant de reprendre de plus belle. « À ce jour, douze personnes sont infectées rien qu’à Lagos et les autorités sont maintenant à la recherche d’au moins 1 300 personnes contacts », résume un Lagossien sur Twitter.

L’annonce des mesures de distanciation pose aussi question dans un pays où les nombreuses cérémonies, mariages, baptêmes, anniversaires se célèbrent en grande pompe et parfois dans les habitations, notamment dans les quartiers résidentiels. Les Lagossiens s’interrogent sur les mesures prises par rapport aux transports, en particulier dans les bus, les taxis, etc. « Veuillez également réfléchir à une loi pour limiter les transports publics de Lagos. Ils ne doivent pas charger les passagers comme ils le font d’habitude. Cela peut également aider à réduire la propagation du virus », dit cet internaute dont la publication a été abondamment relayée. « Même le système bancaire doit être revu… beaucoup de monde à l’intérieur des banques », réclame cet autre Lagossien. « Qu’en est-il des marchés de Lagos, comment voulez-vous faire respecter le fait de ne pas permettre à plus de 50 personnes, en particulier dans les bidonvilles ? » Pour ce qui est du transport aérien, le gouvernement fédéral a annoncé mercredi la suspension des vols de treize pays considérés à haut risque, mais la mesure ne doit entrer en vigueur qu’à partir de samedi.

La confirmation du premier cas de Covid-19 intervient à un moment où le Nigeria est toujours aux prises avec une flambée de fièvre de Lassa, qui a fait 118 morts depuis le début de l’année. Mais le pays fait surtout valoir son expérience acquise lors de la crise d’Ebola de 2014. Lorsque le premier cas avait été signalé à Lagos, le monde entier avait retenu son souffle et un vent de panique s’était propagé dans la ville. Finalement, seules sept personnes sont décédées, sur dix-neuf contaminées, de cette maladie très contagieuse qui a fait plus de 11 000 morts en Afrique de l’Ouest entre fin 2013 et 2016. L’OMS avait salué « le succès spectaculaire » face à ce qui aurait pu devenir « une épidémie urbaine apocalyptique » : les autorités de l’État de Lagos avaient réagi à temps, du personnel médical de fondations internationales en poste à Abuja a été déployé, et la maladie était restée confinée dans les quartiers huppés de la ville. « Nous avons des centres de quarantaine à Abuja (capitale fédérale), et aussi à Lagos », avait déclaré à la mi-février le ministre de la Santé, Olorumibe Mamora, assurant que le pays était « sous surveillance » et que des laboratoires pour détecter le nouveau coronavirus ont été ouverts dans plusieurs villes du pays. « Nous avons tiré des leçons d’Ebola », a, de son côté, assuré le directeur général de Waho (West African Health Organisation), Stanley Okolo.

Source: Le Point

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