Chevallier – Halte au bio bashing !

Pour le docteur et nutritionniste Laurent Chevallier, il ne faut pas jeter l’opprobre sur les produits bio, même si la réglementation doit être clarifiée.

Le bio est plébiscité par les Français pour leur alimentation. Comme l’indique l’Agence du bio, 9 Français sur 10 déclarent en avoir consommé en 2018 : 75 % en prennent au moins une fois par mois et 12 % tous les jours. Deux raisons essentielles à l’intérêt du bio : limiter le risque d’être exposé à des résidus de pesticides de synthèse, dont certains sont des perturbateurs endocriniens, et moins polluer la planète, ses sols et ses nappes phréatiques. Pour autant, le bio ne résout pas tous les problèmes, car, d’une part, il existe une forme de pollution généralisée qui affecte aussi ces produits, d’autre part, sur le plan environnemental, certaines étiquettes certifiées bio peuvent nécessiter l’utilisation de beaucoup d’énergie avec un bilan carbone problématique (serres chauffées, produits d’importation…).
Un mésusage des quelques pesticides autorisés dans le bio par un petit nombre est aussi à craindre avec l’extension des surfaces cultivées. Finalement, plusieurs types de bio cohabitent actuellement sous le même label, ce qui est à faire évoluer : le bio technique et industriel, d’un côté, et le bio éthique, de l’autre, qui prend en considération l’aspect global de préservation de la nature, la rémunération de ceux qui travaillent la terre, etc.

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Il est du devoir de l’État de corriger cela et de planifier la fin de l’agriculture conventionnelle, au plan tant national qu’européen. Avoir une véritable volonté d’aboutir est indispensable en se préservant d’effets d’annonce comme pour les plans de type Ecophyto I puis II puis II +. Ils prônaient la réduction des pesticides, mais les objectifs étant sans cesse reportés de décennie en décennie, les plans ont fait long feu.

Il faut aussi signaler les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), dont font partie une classe de fongicides largement utilisés. Un collectif de scientifiques de l’Inserm, de l’Inra et du CNRS a alerté au printemps 2018 sur leur potentiel cancérogène et neurotoxique notamment, jusqu’à ce jour non pris en compte dans les dossiers toxicologiques d’autorisation de mise sur le marché (AMM) des produits. L’agence sanitaire française ne paraissant pas s’en alarmer, le collectif a réitéré son alerte début 2019 et le fongicide époxiconazole a été retiré le 29 mai.

L’agence américaine de sanitaire suspecte
Il importe également que l’État donne plus de poids aux études scientifiques publiques, comme le fait le Circ (Centre de recherche internationale contre le cancer) concernant les pesticides, il se doit également d’avoir une lecture critique des rapports faisant référence à des études menées par l’agrobusiness et servant souvent de référence aux agences sanitaires, notamment américaines et européennes. Par exemple dans le cas du glyphosate, et de la polémique qui l’entoure, l’agence américaine de protection de l’environnement ne prend en compte que 23 % d’études publiques citées par le Circ, les deux tiers des études retenues proviennent des industriels. Du coup, cette agence, suivie par d’autres, arrive à la conclusion que 1 % des études seulement montre le caractère génotoxique du glyphosate, alors que quand on prend l’ensemble des études publiques, 65 % d’entre elles pointent son caractère génotoxique !

S’il faut trouver le juste prix pour le bio – sans faire la course aux prix les plus bas, mais sans marge excessive non plus pour les fournisseurs –, il convient pour l’État de renforcer les contrôles, car nul doute que parmi les prochains scandales sanitaires pourrait figurer le faux bio, au risque de décrédibiliser toute une filière.

Source: Le Point

 

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