Chevallier – Colorant E171 : quels sont les risques pour la santé ?

La forme conventionnelle du dioxyde de titane n’est pas dangereuse pour la santé. Mais la forme nanoparticulaire n’a pas été suffisamment étudiée.

Il n’y a aucune raison, a priori, d’interdire le colorant alimentaire E171 (dioxyde de titane, colorant blanc) dans sa forme conventionnelle. Comme l’a déjà indiqué l’ancien directeur de recherche en toxicologie du CNRS André Picot, celui-ci n’est pas, ou pratiquement pas, absorbé par les intestins sous sa forme minérale. En revanche, la forme nanoparticulaire (10-9, assurant une meilleure dispersion de l’additif) peut poser de multiples problèmes. Or, sa présence n’est généralement pas mentionnée sur les étiquettes, contrairement à ce que voudrait la réglementation.

Les lésions provoquées expérimentalement chez l’animal peuvent être de type inflammatoire au niveau des intestins. Elles peuvent être potentiellement précancéreuses, voire coloniser différents organes avec des impacts sur la santé mal évalués. Il y a la possibilité d’atteindre le fœtus chez la femme enceinte. Les lésions intestinales apparaissent au bout de 100 jours expérimentalement.

Or, la réglementation pour l’analyse de la toxicité aiguë des additifs n’impose pas de faire des analyses d’exposition de plus de 90 jours, ce qui est problématique. Cela concerne l’ensemble des additifs alimentaires. Il est très préoccupant de constater que la forme nanoparticulaire utilisée par de nombreux industriels n’a pas été suffisamment étudiée, voire pas du tout, en termes de conséquences sur la santé.

Confusions dans l’interprétation des données scientifiques
Le directeur de l’évaluation des risques de l’Anses, Dominique Gombert, indiquait en 2016 à propos des nanoparticules : « Les incertitudes restent grandes et les recherches doivent être poursuivies. Mais il existe suffisamment de données scientifiques pour pointer les risques de certaines d’entre elles. Dans 10 ans, il sera trop tard pour se poser la question de leur encadrement. » Il faut donc bien faire la différence entre les différentes formes physiques des substances : conventionnelles minérales ou nanoparticulaires.

Cela concerne de nombreux additifs présents dans les aliments, les médicaments, les cosmétiques. Les industriels doivent indiquer la nature exacte de l’additif employé. Aujourd’hui, la confusion est générale par défaut d’information. Quant aux pouvoirs publics, ils se doivent de faire respecter la transparence sur les produits réellement utilisés, mettre en place un moratoire concernant les additifs sous forme de nanoparticules, favoriser la recherche en toxicologie puis imposer à l’Europe une réglementation mieux adaptée sur la base de données scientifiques robustes.

Source: Le Point

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