Cameroun : les sécessionnistes et l’armée s’accusent mutuellement d’avoir incendié un hôpital à Kumba

Quatre patients ont été brûlés vifs au cours d’un incident déclenché dans la nuit du 10 au 11 février qui a ravagé une partie d’un hôpital de Kumba (Sud-Ouest). Le gouvernement camerounais accuse les « rebelles sécessionnistes » d’être les auteurs de cet acte, mais ces derniers rejettent la faute sur les soldats de l’armée.

Les habitants de Kumba se remettent difficilement du drame enregistré au sein de l’hôpital de district de la ville dans la nuit du 10 au 11 février. Ce jour-là, plusieurs hommes armés non identifiés ont envahi les locaux de cette formation hospitalière – la principale de la ville –, incendiant bâtiments et véhicules.

« Ils sont arrivés vers 1 heure du matin et ont mis le feu aux bâtiments et aux véhicules des employés qui étaient dans la cour. Lorsque les flammes se sont interrompues, nous avons constaté qu’il y avait quatre corps sans vie sur des lits calcinés », a rapporté à Jeune Afrique un riverain sous anonymat.

Selon le bilan officiel dressé par les autorités camerounaises, sept véhicules ont également été brûlés, tout comme la résidence du personnel, le bloc opératoire, la maternité et la salle de médecine générale.

Un acte démenti par les milices ambazoniennes
Pour le gouvernement camerounais, l’incendie de l’hôpital de district de Kumba a été perpétré par « une horde de rebelles sécessionnistes », évaluée à une vingtaine d’individus, selon leur communiqué publié le 12 février.

Une accusation démentie par des milices ambazoniennes, notamment la Southern Cameroon Activists Front (Scaf), qui rejette la faute sur les soldats de l’armée camerounaise. Selon cette faction, la lente réaction des sapeurs-pompiers, dont une unité se trouve à proximité de l’hôpital, illustrerait que l’incendie ait été commis par l’armée.

Kumba, une ville ciblée
Quelques jours après, les dégâts restent importants. « C’est une immense perte pour cette ville », a indiqué un membre du personnel de l’hôpital. « En fin 2018, l’association des ressortissants de Kumba vivant à Atlanta a fait un important don de matériel à l’hôpital. Une grande partie de ce matériel a été ainsi détruit, alors qu’il servait à soigner des civils. Cet acte est incompréhensible », a-t-il ajouté.

Le gouvernement, qui a fermement condamné « cet acte barbare d’une extrême cruauté », a promis de tout mettre en œuvre pour garantir la paix et la sécurité des personnes dans les régions anglophones. Alors que les 10 jours de « lockdown » imposés par les milices sécessionnistes se poursuivent, les combats continuent de se faire entendre dans les villes anglophones, notamment à Kumba.

« Nous appelons les deux parties à respecter les droits de l’homme et le droit humanitaire dans ce conflit », a alarmé l’avocat Nkongho Felix Agbor Balla, le président du Centre pour les droits de l’Homme et la démocratie en Afrique (CHRDA), qui dénoncent des exactions grandissantes depuis la reprise des combats en zone anglophone.

En février, au moins deux personnes ont été tuées à Bamenda et quatre personnes à Buea, dont une a été décapitée. Un lycée de Babadjou, ville de l’Ouest francophone frontalier du Nord-Ouest, a été attaqué, et des dizaines de jeunes ont été interpellés et gardés dans une destination inconnue par les éléments des forces de défense.

Source: Jeune Afrique

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