Brossage des dents et mauvaise haleine: faut-il oui ou non se brosser la langue?

Sous certaines conditions, il est envisageable de se brosser la langue. À l’occasion du congrès de l’association dentaire française, une dentiste formule des recommandations pour une bonne santé bucco-dentaire.
La langue nous sert à manger, parler, déglutir, embrasser. Certains s’échinent à la brosser voire à lui imposer un piercing au risque de s’y casser les dents: cet organe essentiel est pourtant méconnu du public, selon l’association dentaire française (ADF) réunie jusqu’à ce samedi en congrès à Paris.

Une langue saine s’auto-nettoie
Puissante, la langue est formée de 17 muscles et comprend des milliers de papilles qui se régénèrent régulièrement et dont certaines contiennent les bourgeons du goût.

Une langue saine s’auto-nettoie grâce à la salive que l’on déglutit en moyenne mille à deux mille fois par jour. Le brossage quotidien d’une langue saine, « commercialement incité », est une « erreur »: « cela peut altérer sa surface et perturber l’équilibre des bonnes bactéries qui colonisent notre tube digestif », explique Sophie-Myriam Dridi spécialiste de médecine bucco-dentaire au CHU de Nice.

Les quelque 700 espèces de bactéries qu’abrite la cavité buccale, et la langue en particulier, ont un rôle bénéfique: elles aident à digérer, produisent des vitamines et en recouvrant la langue et les muqueuses buccales réduisent le risque de colonisation par des bactéries étrangères.

En revanche, un brossage doux ou avec des racleurs dédiés à cet usage peut servir lorsque la langue est chargée d’un enduit blanchâtre, généralement en cas de diminution de la salivation – qui peut être accentuée par de nombreux médicaments – ou lors d’épisodes fiévreux et infectieux des voies aéro-digestives supérieures (bouche, nez, larynx).

La mauvaise haleine est due à la plaque dentaire
En fait, la mauvaise haleine est due dans 90% des cas à la plaque dentaire. Les bactéries, issues d’un déséquilibre microbien, libèrent des substances malodorantes et très collantes sur lesquels les bains de bouche n’agissent pas. Bien se brosser les dents est plus efficace.

Autre source de désagréments malodorants, les prothèses amovibles: il faut les nettoyer et bien les sécher ensuite et ne pas les laisser tremper dans l’eau la nuit. Cependant, en cas de mauvaise haleine chronique, ne pas hésiter pas à consulter son dentiste.

« Les gens ne savent pas que la langue peut être atteinte d’un cancer (4000 par an) qui peut mettre en jeu leur vie, surtout les fumeurs ». « Quand on leur annonce, ils tombent des nues. ‘Mais je ne fume plus que cinq cigarettes par jour.’ Oui, mais depuis combien de temps? Ils répondent depuis quinze ans, vingt ans. Plus on fume longtemps plus le risque est élevé », explique Sophie-Myriam Dridi.

Un risque d’ailleurs augmenté par une consommation associant tabac et alcool. Toute masse qui pousse ou lésion ressemblant à un aphte indolore qui ne guérit pas doit inciter à aller consulter, soulignent les spécialistes.

Les nombreux risques du piercing
Les chirurgiens dentistes dépistent aussi des lésions buccales de « syphilis » qui est en recrudescence chez des patients ayant des pratiques sexuelles à risques (partenaires multiples, rapports sans précaution). « J’en ai vu au niveau de la langue (comme un aphte atypique) », précise Sophie-Myriam Dridi.

Malgré les innombrables échanges de microbes que peut contenir la salive, les baisers avec la langue comportent un « risque infectieux très faible », rassure-t-elle. Pour le piercing: risques allergiques, infections, plaies, saignements, anesthésie partielle (amoindrissement des sensations) font partie des risques immédiats.

À plus long terme, on observe des destructions de la gencive derrière les incisives du bas dont les racines ne sont plus protégées. « Le piercing de la langue, franchement, je ne le recommande pas », conclut la praticienne.

Source: BFMTV

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