Bolivie: El Alto est en ébullition, les militaires interviennent

Les partisans d’Evo Morales, parti au Mexique, sont en colère. La Bolivie vit des scènes de guérilla urbaine après la démission du président, lâché par les forces armées suite à sa réélection contestée dans la rue. Les militaires interviennent.

En Bolivie, les affrontements continuent, trois semaines après l’élection présidentielle et malgré la démission du président. Des postes de police ont été incendiés dans la ville d’El Alto, bastion du parti de gouvernement, près de La Paz. Les partisans d’Evo Morales exprimaient leur colère et s’en sont pris aux commissariats. Cette nuit, le pays vivait toujours des scènes de guérilla urbaine.

« Maintenant, ça y est, c’est la guerre civile ! » À El Alto, des groupes de choc se sont armés pour semer la panique, prêts à en découdre avec l’opposition. Dotés de dynamite, entre autres, ils cherchaient le conflit avec les habitants de La Paz, regroupés dans les rues de leurs quartiers, autour de barricades de fortune, pour « surveiller leurs maisons et défendre la démocratie », comme ils disent.

En fin d’après-midi, une foule de partisans en colère de l’ancien président, des centaines de personnes au total, s’est même dirigée vers la capitale administrative et politique du pays, arborant des whipalas, du nom du drapeau symbole des peuples indigènes. Ces mouvements de population ont contraint de nombreux magasins à fermer leurs portes, de peur d’être touchés par la casse.

De nombreux Boliviens, apeurés, sont restés terrés chez eux toute la journée, les yeux rivés sur les réseaux sociaux où circulent moult fausses informations qui font monter la tension, comme le relate notre correspondante à La Paz, Alice Campaignolle. Entre autres annonces circulant sur internet : l’état de siège a été décrété, ou encore les groupes de combattants sont déjà en ville.

Vacance du pouvoir à La Paz et intervention de l’armée dans les rues

Alors que les forces de l’ordre ont officiellement demandé aux militaires de les aider à faire revenir le calme, ce que chacun attendait lundi soir dans la population, c’était l’annonce du chef des armées, Williams Kaliman. « Nos forces de police se sont retrouvées débordées, a déclaré ce dernier. Et en raison de son devoir constitutionnel, l’armée a accepté de travailler au maintien de l’ordre, main dans la main avec la police. »

Les militaires se sont donc alliés aux forces de police pour faire revenir le calme dans la capitale. Si cette intervention était demandée par beaucoup de citoyens, c’est une décision qui rappelle des moments noirs de l’histoire bolivienne, comme l’a pointé le gouvernement espagnol. Mais le général Kaliman a tenu à rassurer les Boliviens : « Jamais les forces armées n’ouvriront le feu sur le peuple ».

Il y a donc désormais des militaires dans la rue, applaudis par ceux qui, parmi les citoyens, les réclamaient depuis plusieurs jours. Et maintenant, que va-t-il se passer ? Il n’y a toujours personne à la tête de la Bolivie, le pouvoir est toujours vacant suite aux démissions en chaîne de ceux qui pouvaient prétendre à la présidence par intérim, après la démission spectaculaire de M. Morales.

Les successeurs prévus par la Constitution dans l’hypothèse d’un départ du chef de l’État ont en effet tous démissionné avec lui, ou même avant lui pour certains : le vice-président Alvaro Garcia a annoncé son départ au même moment qu’Evo Morales, la présidente et le vice-président du Sénat ont également démissionné, tout comme le président de la Chambre des députés. C’est le vide institutionnel.

Accusé d’être responsable des violences, Evo Morales appelle au calme

En principe, ce mardi dans l’après-midi, le Parlement devrait se réunir, et c’est la sénatrice d’opposition Jeanine Anez qui, selon toute vraisemblance, assumera l’intérim du pays, en sa qualité de vice-présidente du Sénat. Elle a répété que ce ne serait qu’une transition visant à mettre un terme à l’incertitude. Elle a désormais 90 jours pour convoquer de nouvelles élections.

« Nous avons déjà un calendrier. Je crois que la population demande en criant que nous ayons un président élu le 22 janvier », a-t-elle indiqué, évoquant la date prévue, avant la crise, de la prise de ses fonctions par le prochain président. Mme Anez a tenu à préciser qu’elle était disposée à assumer l’intérim « seulement pour faire le nécessaire afin de convoquer des élections transparentes ».

Les violences continuent d’éclater dans les rues de La Paz et d’El Alto, tandis qu’Evo Morales a annoncé sur Twitter dans la soirée son départ pour le Mexique, qui lui a offert l’asile. Beaucoup de Boliviens considèrent que ces soubresauts sont organisés par le MAS, le parti de M. Morales, et voulus par ce dernier ; le président démissionnaire chercherait à semer la zizanie dans le pays.

Quoi qu’il en soit, dans la soirée de lundi, le désormais ex-chef de l’État a appelé son peuple à « ne pas tomber dans la violence de groupes qui cherchent à détruire l’État de droit ». « Nous ne pouvons pas nous battre entre frères boliviens. J’appelle urgemment à résoudre les divergences par le dialogue et la consultation », a-t-il écrit avant de prendre la direction de Mexico.

Source: RFI

Please follow and like us:
error

Pin It on Pinterest